WILLIAM TAYLOR
Écossais maître-charpentier de Coteau-du-Lac

par Suzanne Galaise



Le début des hostilités de ce côté-ci de l'Atlantique, en 1812, amène le Lieutenant-Colonel BRUYÈRES à recommander au Lieutenant-Général Sir George PRÉVOST, commandant en chef, de fortifier et solidifier le poste le plus important et essentiel à la défense du pays, Coteau-du-Lac, et d'y nommer le Capitaine J. GRAY du 5e bataillon assistant ingénieur pour diriger les travaux. (1)

Pour ce faire, l'armée britannique dépêche ses «Royal Enginners and Artificers» (2a), militaires et civils, afin de commencer les travaux au plus vite. William TAYLOR, menuisier d'origine écossaise, fut envoyé de l'île-aux-Noix à Coteau-du-Lac, tout comme le maître charpentier Henry CHARLTON, par le Capitaine Benjamin MARLOW. William TAYLOR arriva à Coteau-du-Lac le 3 avril 1813, et CHARLTON, huit jours plus tard, le 11 avril. (2b)

Le 24 décembre 1813, le Capitaine Samuel ROMILLY de la compagnie des ingénieurs royaux (Royal Engineer Company) dresse un rapport concernant les employés, tant civils que militaires, oeuvrant à Coteau-du-Lac. (3)  Selon ce rapport, on comptait 62 employés: le maître charpentier, Henry CHARLTON, et 15 charpentiers équarissaient le bois d'oeuvre; un maître-menuisier ou "Master Joiner", William TAYLOR, 3 menuisiers "joiners" civils et 9 militaires faisaient les meubles, les chassis des fenêtres ainsi que les portes des baraques; un maçon civil, Antoine GAUDAN, et 16 militaires devaient finir les cheminées et faire les murs de fondation des baraques, 6 "miners"  (sic) militaires travaillaient à l'élargissement du canal, 3 forgerons militaires réparaient les outils des maçons et des "miners", 4 scieurs militaires sciaient du chêne et du pin pour en faire des planches (3b). Le soldat Thomas McISER (3c) était le magasinier, le sergent Alex McDONALD supervisait le chantier et Alex WILSON s'ajouta au groupe le 8 septembre 1813 comme commis de bureau. Tous les civils, à l'exception de CHARLTON, TAYLOR et WILSON ont été engagé par le Capitaine GRAY.

Un rapport semblable fut élaboré le 14 mai 1814 et signé le 23 mai suivant par le Lieutenant-Colonel Philip HUGHES, commandant du "Royal Engineer". (4) Celui-ci y indique le nombre d'ouvriers par corps de métier selon le lieu où les artisans se touvaient. À ce moment-là, on dénombrait pas moins de 18 charpentiers à Coteau-du-Lac. Un second rapport daté du premier juin 1814, fait état de l'avancement des travaux et donne la description de ces baraques, des blockhouses et du magasin bâti en bois rond. (5)

  Engineer office
Montreal 1st June 1814
Report of the State of the Barracks, Buildings, Batteries and Field Work
at Coteau du Lac.
Agreeable to your Excellency's Commands
I visited the Military Post at Coteau du Lac.
New Barrack     Having minutely examined the ..........
for 288 men       .................. ...., perfect and strong solid
                          roof completed, covered with sheet .......
                          to within eighteen square ............... which
                          remain incomplete for what of that
                          article.  The Building divided into
                         six rooms, 48 double ........... on each one
                          complete - the whole will be in three
                          weeks fit to receive the men.

Block House     Complete in ....... respect, except the
for 200 men       chimney, part of the stones to back &
                         ......... having fallen ..... .......... to the
                          quality not being fire proof which breach
                         .................................................
                          ..... other respects it is substantial. The
                          fail can be remedied by repairing masonry
                          & facing the interin with bricks.

Two long stores
log buildings     Have undergone temporary repairs
                          and now occupied as a barrack &
                          Or...........  ..... -

Durant l'été 1815, plusieurs ouvriers et artisans de Coteau-du-Lac réclament une augmentation de leur allocation. De même, le 5 juillet 1815, une lettre demandant un ajustement de salaire pour William TAYLOR fut rédigée par le Major FOSTER, secrétaire militaire et transmise au Lieutenant-Colonel W. NICOLLS. (6) En voici un extrait:
I beg to recommend to his Excellency the Lieutenant General commanding that MrWm Taylor temporary master carpenter
in the Engineer Department should be allowed from the 25th June (?) to draw the allowance granted to a hired foreman of artificers by His Excellency Lieutenant General Prévost's scheduled of 25th December 1815 (1814?). Mr Taylor has been several years in the department and is noted to be worthy of ... encouragement by the officers he has served under. Also that
Mr Ths Moran appointed a working foreman of masons in the Engineer Department with the pay of 6 ... a day, a ration and
the usual allowance of fuel and lodging money ...
Le Lieutenant-Colonel NICHOLLS accordera une augmentation en octroyant une ration de rhum pour les employés travaillant dans l'eau. Ce document est le plus ancien mentionnant TAYLOR comme maître charpentier.

Au printemps 1817, William TAYLOR est interpellé par la cour martiale de la garnison de Montréal car il doit comparaître à titre de preuve "as evidence" à un procès tenu les 1er et 2 mai 1817. (7) Il réclame une compensation pour son déplacement à Montréal. Cette demande fut transmise au Lieutenant-Colonel ADDISON, secrétaire militaire à Montréal, le 17 juin 1817, par le major C. D. SHEKLETON.

Le 20 octobre 1818, le Major G. BOWLES signe un rapport indiquant le lieu de travail des ouvriers engagés pour l'année 1819. William TAYLOR apparaît alors comme maître-charpentier à Coteau-du-Lac. (8)

Le 30 janvier 1819, John CUMMINGS résidant au village et paroisse de Soulanges vend et cède un lopin de terre à William TAYLOR maître charpentier résidant au Coteau du Lac également paroisse de Soulanges.  Il s'agit d'une terre sise et située audit Soulanges, au lieu nommé l'anse de la Pointe au Diable d'un arpent et demi de front sur la profondeur qu'il peut y avoir du chemin du roi à gagner la rivière Cataracoui attenant par derrière au chemin du roi, d'un côté à Etienne RAVARRY et d'autre côté à Antoine LEGROS avec une maison dessus . CUMMINGS cède également le droit qu'il a acquis du dit LEGROS de prendre du bois sur la terre dont le dit terrain fait partie tant qu'il y en aura tant pour clôturer, chauffer que faire des bâtiments pour son utilité .... (9)

Catherine GOWING, fille de Richard GOWING, un Irlandais vétéran de l'armée britannique ayant combattu lors de la guerre d'Indépendance américaine, et d'Angélique CHARBONNEAU, une canadienne française, acquiesce à la demande en mariage de William. Celui-ci signe un cautionnement de mariage à Cornwall au début février 1819. James CUMMINS de Charlottenburgh et un certain Van HUGHLET de Cornwall signent comme témoins. On ne trouve cependant aucune trace du mariage dans les registres catholiques ou protestants. (10) William TAYLOR et Catherine GOWING ont des accointances communes qui les ont sûrement amenés à se rencontrer.

Le 30 mars 1819 chez le notaire Joseph MAILLOU, Antoine LEGROS dit DONDAINE et son épouse,  Catherine LALONDE, font la cession suivante à William TAYLOR « ... Lesquels ont par les présentes volontairement reconnu etconfessé avoir cédé, quitté, transporté et délaissé d..  et promettent faire .... dès maintenant et à toujours William TAILER - Mtre charpentier du Coteau du Lac ce acceptant la somme de soixante livres ancien cours - laquelle somme leur serait due par Samuel PERRY du meme lieu pour reste et parfait payment du prix d'un emplacement que le cédant lui aurait vendu par contrat .... devant Mtre A. A. DUBOIS et son confrère nore... ». (11a) Le même jour chez le même notaire, Antoine LEGROS dit DONDAINE et son épouse,  Catherine LALONDE, cèdent une terre à William TAYLOR. (11b) Le lopin mesure un arpent et demi de front sur vingt arpents de profondeur. Cette terre est délimitée à l'avant par le fleuve Saint-Laurent, alors la rivière Cataracoui, par l'arrière aux terres de la rivière Rouge, d'un côté à Michel LEROUX et d'autre côté à Dominique LEROUX.

Le 27 avril suivant chez le notaire A. A. DUBOIS, un dénommé William LANE, marchand au Coteau-du-Lac, passe un contrat de mariage avec Elizabeth Sarah NEWISON, fille de feu Richard NEWISON et Deborah PERRY. Plusieurs parents et amis sont invités et présents à la lecture du contrats, dont William TAYLOR.

William TAYLOR a un ami du nom de John Adam CUNNINGHAM, un Écossais né le 10 juin 1787 à Pencaitland, East Lothian, près d'Edimburg. (12) Fils d'Adam Cunningham et de Dorothea Sanderson, ce dernier est venu avec le 10e bataillon (vétérans) de l'Artillerie Royale en 1807 pour défendre le pays et s'est illustré lors de la guerre de 1812 (13). Cet ami épouse Catherine CADORET, fille de Jean-Baptiste CADORET & Louise DESMARAIS, le 8 novembre 1819 et William assiste au mariage. Il sert aussi de témoin et signe le registre. (14) Adam CUNNINGHAM, de foi protestante, se fait baptiser le 2 novembre précédent.

Le 25 octobre 1819, William TAYLOR est à nouveau désigné comme maître charpentier par l'armée britannique pour l'année à venir, soit 1820. (15)

Le couple TAYLOR-GOWING eut trois enfants: John Oliver né le 6 janvier 1820, William né en 1821 et Richard né le 20 janvier 1823. Le dernier fut baptisé le 18 février suivant à l'église d'Écosse de Lochiel dans le comté de Glengarry en Ontario. Le baptême protestant des deux premiers enfants n'a pas encore été trouvé. Par contre, John Oliver reçut un baptême catholique le 16 mai 1833 à Saint-Joseph de Soulanges et William le 15 juillet 1834 à Saint-Ignace de Coteau-du-Lac alors qu'ils avaient 13 ans. Richard quant à lui est probablement décédé avant 1825 puisqu'il ne figure pas au recensement effectué cette année-là.

William TAYLOR est à l'emploi de l'armée britannique jusqu'en octobre 1822 comme en font foi les archives concernant Coteau-du-Lac.  Il assiste au mariage de Toussaint QUENNEVILLE & Mary GOWING, sa belle-soeur, le 3 février 1823  à la paroisse Saint-Joseph de Soulanges et signe le registre. C'est pour l'instant le dernier signe de vie de William Taylor. Selon les actes de baptême de John Oliver en 1833 et de Joseph William en 1834, feu William Taylor avait pour occupation négociant et aubergiste.

Signature de William Taylor

Au recensement 1825 à Coteau-du-Lac, Catherine GOWING est "chef" de famille et mère de deux enfants. William TAYLOR père est donc présumément décédé avant 1825.

William TAYLOR fils demeurera célibataire toute sa vie. Il décède en juillet 1871 à Coteau-du-Lac et ne laisse aucune postérité.

John Oliver TAYLOR épousera Clémence LALONDE, fille unique d'Augustin LALONDE et Lucie MARTIN. Il sera le premier maire de Saint-Polycarpe.



Sources:
1. Archives nationales du Canadan (ANC), Record Group 8 (RG 8), C-387, p. 51, 4 avril 1813.
2a. Le terme "Artificer" est défini comme suit dans le Merriam Webster dictionary: « A skilled workman. ».
2b. ANC, RG 8, C-388, p. 9, Liste du personnel spécialisé et de leurs superviseurs, civils et militaires, employés au poste de Coteau-du-Lac du 24 décembre 1813.
3. id.; Samuel ROMILLY en janvier 1810 se trouvait sur l'île de Malte en tant que lieutenant du Royal Engineer. http://website.lineone.net/~stephaniebidmead/regiments.htm
3b. "planks and boards".
3c. Thomas McISER, parfois ATKISER, est au pays depuis quelques années. Il a épousé Angélique DAGENAIS. Le couple a plusieurs enfants dont Margaret, Thomas et Catherine. Catherine GOWING est marraine des deux derniers.
4. ANC, RG 8, C-388., p. 141, rapport du 23 mai 1814 concernant les travaux exécutés par le Royal Engineer Department.
5. ibid., p. ___ , description des bâtiments du poste de Coteau-du-Lac. Rapport rédigé le 1er juin 1814.
6. ibid., C-389, p. 163. Lettre recommandant une augmentation de salaire en faveur de Wm TAYLOR.
7. ibid., C-168, p. 104 à 107 réclamation de rémunération pour comparution en court martiale.
8. ibid. C-403, p. 151. Rapport concernant les employés du Royal Engineer Department.
9. Archives des protonotaires de la province de Québec, notaire Joseph MAILLOU le 30 janvier 1819. John CUMMINGS a acheté cette terre d'Antoine LEGROS le 15 avril 1816. L'acte est passé chez A. A. DUBOIS notaire.
10. J'ai parcouru les registres des paroisses catholiques avoisinant Coteau-du-Lac ainsi que l'ensemble des paroisses de l'Église d'Écosse du Québec et de l'Est de l'Ontario.
11a. Archives des protonotaires de la province de Québec, notaire Joseph MAILLOU le 30 mars 1819 # 1899.
11b. Archives des protonotaires de la province de Québec, notaire Joseph MAILLOU le 30 mars 1819 # 1900.
12. Informations prises sur Family Search, site des Mormons. Sa naissance pourrait avoir lieu en 1791.
13. http://www.warof1812.ca/10thrvb.htm
14. Registres de la paroisse de Saint-Joseph de Soulanges.
15. ANC, RG 8, C-404, p. 99. Paies et allocations, Coteau-du-Lac, 1820. Rédigé le 25 octobre 1819.

Page créée le 11 mars 2001 et mise à jour le 10 janvier 2005 ©2001-2005 Suzanne Galaise
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