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No 14




LA PITOUNE EN GOUGOUNES !


J'ai déjà mentionné qu'Internet sert surtout à aller chez soi. Paradoxal mais vrai. Un outil avec lequel on peut faire le tour du monde et qu'on utilise pour rester chez soi... Par exemple, la clientèle de Langueauchat se compose à 85 % de Québécois. La France, la Belgique et la Suisse nous amènent environ 10 % de visiteurs, le reste venant d'autres pays.

Pour faire plaisir à ces francophones d'ailleurs, pour leur faire voir un peu de couleur locale, j'ai pensé leur faire connaître quelques-uns de nos mots à nous. Car nous en avons de spéciaux, bien inconnus en Europe. Et je veux présenter aujourd'hui les merveilleux mots en « oune » en usage chez nous. Cela pourra également servir aux immigrants frais débarqués.

Curieusement, la finale oune est inconnue en Europe francophone, du moins à ma connaissance... Il n'y a que dans la Rubrique-à-brac de Gotlib que j'ai vu le mot pitchoune, si ma mémoire est bonne, et dans le même sens que notre pitoune. Nous avons fort peu de mots en oune, une douzaine tout au plus, mais ils sont abondamment utilisés. La majorité ne proviennent pas non plus de l'anglais. Il y a là un phénomène digne d'intérêt qui mériterait d'être étoffé par une solide thèse de doctorat. En attendant, passons en revue ces indispensables :

Pitoune : une pitoune, c'est une femme, une belle femme de préférence. Le mot n'a aucun sens péjoratif. Il est un peu tombé en désuétude, quoique toujours vivant dans ma tête. Certains se souviennent peut-être du succès de la Bolduc Hourra pour la pitoune, un poème de haute volée.
Le mot pitoune sert aussi à désigner les billots (billes) qu'on fait descendre sur les rivières pour alimenter les usines à papier. Un rapport avec la précédente ? Vignault dans une chanson parle de pitounes de quatre pieds et de pitounes de cinq pieds pour des gars de six pieds. Je me suis déjà baigné aux Piles, dans le Saint-Maurice, avec des centaines de pitounes...

Guidoune : ici, nous avons affaire à une personne humaine de sexe féminin menant une vie dissolue, s'adonnant aux plaisirs défendus, les dispensant même parfois contre rémunération. La guidoune, toujours assez vulgaire, est fort peu recommandable et se faire traiter de telle n'a rien pour relever le moral.

Gougounes : ce sont simplement des sandales de plage en plastique. Quétaine et pas cher. Ce qu'on appelle des thongs ou des santiagsen France et des slashs en Belgique. Avouez que gougounes est bien plus joli !

Moumoune : je crois avoir entendu ce terme encore récemment, il était très utilisé dans ma jeunesse pour désigner des garçons efféminés.

Minoune : la minoune a au moins trois sens. D'abord celui de tacot, bazou, guimbarde. Pourquoi ? Je l'ignore. La minoune, c'est aussi le ou les jokers aux cartes. C'est enfin évidemment une chatte, une vraie, soyons clairs, avec une queue et qui miaule. Du temps de ma vie de bohème, une minoune m'a inspiré des vers touchants que je veux bien vous faire partager ici :

J'me suis acheté une belle minoune
Pour sortir avec ma pitoune
Ma minoune et ma pitoune
Ma pitoune et ma minoune
Ma pitoune et sa bizoune
Ça vaut bin une toune !

Toune : air de musique, chanson, ritournelle (sous l'influence de l'anglais tune). Le mot toune a aussi un autre sens complètement différent. C'est un terme affectueux, du genre poupoule. « Allez, vienz ma toune... »

Toutoune : ici, attention, terme à employer très délicatement. Une toutoune, c'est une femme très enveloppée, plutôt énorme.

Nounoune : ce n'est pas un compliment, ce n'est pas non plus la grosse injure. Le mot signifie conne, imbécile mais le sens est plus près de gaffeuse. « Voyons, nounoune, prends pas ça comme ça ! » C'est à mon avis, le féminin de nono, qui a tous ces sens au masculin. Notons que notre nono, au sens d'idiot, est inconnu en France. Une pièce de Sacha Guitry a pour titre Nono d'après le nom du principal personnage. C'est vous dire...

Baboune : baboune, on le sent tout de suite est une déformation de babine. « Faire la baboune » veut dire bouder, en gonflant la lèvre inférieure. Bébé qui fait la baboune. Je n'ai jamais entendu baboune au sens de lèvre seulement. On ne dirait pas : je me suis coupé la baboune ; il faut qu'il y ait la moue boudeuse.

Ti-coune : terme légèrement méprisant, employé avec condescendance, à rapprocher de conard et corniaud. Ex. : « Heille, ti-coune, attends ton tour comme tout le monde ! » En s'arrachant les cheveux, on pourrait y voir un glissement de petit con à ti-con et à ti-coune. Mais le prouver ne serait pas facile.

Balloune : au sens de baudruche, ce terme est, je pense, le seul employé au Québec, sous l'influence de l'anglais balloon. Par extension de sens, il désigne aussi l'éthylomètre : « Il a pété la balloune ! » Enfin, le mot balloune a aussi le sens de cuite, soûlerie. Rien à voir avec le sens précédent, il date de bien avant. On part « sur une balloune », on « vire une balloune ».

Noune : ici, nous pouvons (enfin) parler de la chatte au sens figuré. Pour désigner le sexe féminin, le mot noune est un terme plaisant, nullement vulgaire, un peu intimiste. Entre elles, les filles et les femmes emploient volontiers ce terme. Ceux qui veulent plus d'information sur le sujet devraient aller lire le texte qui porte justement ce titre dans L'Urgence au ralenti sous le bouton doré Histoires.

Bizoune : synonyme du précédent en Gaspésie, en tout cas à Bonaventure... Ailleurs, je crois que le mot bizoune désigne plutôt le pénis. On le retrouve dans de jolies chansons de folklore : La bizoune en l'air, J'aime ça qu'on m'chatouille la bizoune, etc. Notons puisqu'on y est le verbe bizouner, qui veut dire, ne rien faire, fourrer le chien, flâner, flâzer, s'occuper à des riens, toutes expressions équivalentes.

Foufounes : enfin, qui n'a pas entendu parler de nos Foufounes électriques (il s'agit d'un cabaret de Montréal). En réalité, les foufounes, ce sont les fesses. Ici encore le terme est du niveau que les dictionnaires qualifient de « plaisant ». Pourquoi les Foufounes électriques ? Ce nom a dû être trouvé, comme bien d'autres, après quelques bières et autant de joints...

le 23 mars 2001

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