| . | Sexe de nuitPresque au centre du corps humain, placé pour qu'on ne l'oublie pas, se trouve généralement un sexe, siège du plaisir par excellence, mais aussi de quelques ennuis.Si on associe sexe et urgence, on peut supposer que la majorité des gens pensent d'abord aux maladies vénériennes, celles qui concernent précisément le sexe. Comme un patient me l'a déjà fait remarquer avec un certain humour, c'est là que le bât blesse... Nous recevions régulièrement des patients affligés de ces terribles maux, des cas de gonorrhée pour la plupart. C'étaient souvent de grands timides qui attendaient la nuit pour se présenter à l'urgence, tellement ils étaient gênés par leur mal et la peur de rencontrer par hasard quelqu'un de leurs connaissances qui leur dirait : « Tiens, Marcel, mais que fais-tu ici aujourd'hui ? » Leur timidité nous étonnait davantage que leur malchance. Le comble du comble dans le genre, je ne l'ai pas vu, je l'ai entendu seulement. Trois heures du matin. Le téléphone retentit. Comme mes trois mousquetaires sont bien occupés, je me charge de répondre : – Urgence, bonne nuit ! – Oui ? Je suis bien à l'urgence ? Question posée d'une voix hésitante, celle d'un jeune homme dans la vingtaine. – Exactement, vous y êtes. – Ouin... Savez-vous... C'est parce que je vous appelle pour mon petit frère... mon petit frère de 16 ans... – Oui. Qu'est-ce qu'il a votre petit frère ? – Bin, je pense qu'il a attrapé des morpions... – Ah ! Oui ? Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? – Bin, ça le pique, ça le pique là, pis ça arrête pas !... Ouin, il s'est tout rasé, mais ça le pique encore... Pitié !... Aidons-le ! – Bon, écoutez. Il avait pas besoin de se raser, votre petit frère... Dites-lui d'aller à la pharmacie s'acheter le shampooing Kwellada. Il a juste à faire ce qui est marqué sur la bouteille. Il va se débarrasser de ses morpions en quatre minutes ! – Ah ! Oui ? C'est quoi encore le nom ? Je lui épelle lentement pour qu'il note bien pour son petit frère... Puis je lui explique qu'il doit ébouillanter les draps dans lesquels son petit frère a couché et tous les caleçons que son petit frère a portés depuis que les sales parasites se sont installés sur lui... Tout soulagé, il me remercie et raccroche. Oh ! là ! Pensez donc ! Attendre trois heures du matin, non pas pour venir, simplement pour téléphoner à l'urgence et en plus mettre les morpions sur le dos (façon de parler) d'un supposé petit frère... Essayez de trouver plus timide !... En passant, vous avez noté, j'espère, le nom du shampooing... au cas où... « Si vous avez déjà payé, veuillez oublier cet avis... »
Après avoir raccroché, j'imaginais ce pauvre jeune homme timoré, seul dans sa chambre à trois heures du matin, tournant en rond, angoissé par ses morpions... Sales bibittes, il est vrai... au microscope, ça ressemble à de petits crabes... de quoi se sentir pu-bien...
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