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La Presse, Montréal, Dimanche 26 Août 2001
Les producteurs d'aliments biologiques ne suffisent plus à la
demande
Laura-Julie Perreault
Fièvre aphteuse et craintes face aux aliments transgéniques aidant, la demande pour les aliments biologiques explose au Québec.
À un point tel que les quelque 300 producteurs
biologiques de la province ne savent plus où donner de la tête et que plus de 85 % des
produits bio consommés ici sont importés.
« Les chiffres de vente de produits bio au Québec atteignent 70
millons par année. Sur ce montant, la vente à la ferme représente 9 millions »,
exposait hier Pierre Gaudet, président de la Fédération d'agriculture biologique du
Québec (FABQ).
La popularité toute récente de ces aliments cultivés notamment sans
l'utilisation d'engrais chimiques et de pesticides, fait rire Pierre Gaudet dans sa barbe.
Il y a 20 ans, quand il parlait de sa ferme biologique d'Aston Jonction, on le traitait de
fou, se rappelle-t-il.
Hier, il regardait avec satisfaction les milliers de Montréalais qui
circulaient entre les 100 kiosques de la première Bio-Fête, qui a pris son envol dans la
matinée. « Pour la première fois, les producteurs bio ont leur vitrine dans un marché
commercial », s'enthousiasmait-il, lui qui pensait que tout juste 30 producteurs
allaient donner à son invitation.
Pour M. Gaudet, cette Bio-Fête, qui se poursuit aujourd'hui, est un
premier pas dans le plan de développement que la Fédération qu'il dirige est en train
de peaufiner.
« Pour les cinq prochaines années, la production biologique va
augmenter de 30% par année », aasure-t-il. Ce bond de géant annuel est nécessaire pour
qu'un jour, les aliments bio représentent 30 % du marché global de l'alimentation au
Québec. Aujourd'hui, ils ne comptent que pour 4 % de ce même marché.
Afin d'atteindre le but annoncé, plusieurs producteurs devront
accroître leur production alors que de nouveaux fermiers devront rejoindre les rangs de
l'armée bio.
L'an dernier, la production de lait bio a fait l'objet d'une entente
entre les producteurs de lait du Québec et la FABQ. Résultat : la production a grimpé
de 2 millions à 15 millions de litres en un an.
De plus, pour favoriser la formation de nouveaux agriculteurs qui
choisiront l'option verte, le gouvernement fédéral a octroyé le mois dernier un
subvention de 850 000 $ au Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse, pour que les
gestionnaires y aménagent le premier Centre d'agriculture biologique du Canada.
Fromages, sirop d'érable, viandes, lait de soya, épices, paniers de
légumes : tout l'éventail des produits certifiés biologiques sont au rendez-vous sous
les grandes tentes blanches de la Bio-Fête.
Les exposants se sont armés de courage pour répondre 1000 fois à la
même question. « C'est quoi l'avantage de payer plus cher pour acheter bio ? »
« En général, le goût est plus marqué, mais ça dépend. La santé
du fruit ou du légume est supérieure à ce qui se fait dans l'agriculture industrielle,
car les pesticides causent souvent l'épuisement des plantes. Il y a aussi un aspect
social et écologique à cultiver de manière biologique. Les terres qui sont ainsi
exploitées ne seront pas polluées dans 20 ans », explique Anik Leroux du Jardin des
Anges.
Si l'agriculture biologique est encore à ses balbutiements au Québec, elle devenue une industrie de masse chez nos voisins du Sud, avec un chiffre d'affaires annuel qui frise 8 milliards.