Document 4 (piermon) : Nicotine
Geneviève Dorion
Vertus Thérapeutiques
Or, la nicotine pourrait bien regagner un peu de son lustre
au cours des prochaines années. La médecine expérimentale redécouvre, en
effet, ses vertus. Il faut dire que cette substance, mieux connue comme l'agent
causant la dépendance à la cigarette, est sous observation depuis fort
longtemps.
C'est à fin des années 70 que la première étude
épidémiologique démontrant un effet protecteur du tabagisme a été
publiée. Dans cette étude, on comparait l'incidence de l'alvéolite allergique
extrinsèque (AAE), une maladie pulmonaire, chez des populations de fumeurs et
de non-fumeurs. Étonnamment, les fumeurs semblaient protégés.
L'AAE est une réaction allergique à des poussières
d'origine animale ou végétale en suspension dans l'air. Il existe plusieurs
types d'alvéolite : le poumon du fermier, la maladie des climatiseurs, la
maladie des éleveurs d'oiseaux, en sont autant d'exemples. Toutes ont un point
commun : elles s'attaquent préférablement aux non-fumeurs.
Règle générale, les fumeurs sont moins aptes à se
défendre contre les milliers de micro-organismes et de substances pathogènes
auxquels ils sont exposés chaque jour. Mais par un curieux retour des choses,
c'est précisément cette défaillance de leur système immunitaire qui les
protège contre l'alvéolite allergique intrinsèque. C'est l'effet
immunosuppresseur de la nicotine qui est ici en cause.
Système immunitaire
La nicotine est une molécule de très petite taille qui
réussit à se faufiler à travers la barrière hémato-encéphalique qui
protège le cerveau contre les corps étrangers. Elle va se fixer sur le
récepteur nicotinique qui a une forme et une structure complémentaires à la
nicotine. En se fixant, la nicotine envoie aux cellules du cerveau l'ordre de
produire de la dopamine, une molécule associée au plaisir. Mais elle envoie
aussi bien d'autres messages. Le récepteur nicotinique, par exemple, est
impliqué dans de nombreuses pathologies neurologiques, comme l'Alzheimer ou le
Parkinson.
Jusqu'ici, les recherches ont surtout été effectuées sur
les récepteurs des cellules neuronales. Mais récemment on a commencé à
s'intéresser aux récepteurs nicotiniques des cellules du système immunitaire
tels les macrophages et les lymphocytes. Ces cellules sont chargées
d'identifier les éléments pathogènes et de les éliminer ; soit en les
mangeant, soit en envoyant des signaux d'alarmes à d'autres cellules de
défense. Cependant, les récepteurs nicotiniques que l'on retrouve à leur
surface sont légèrement différents selon qu'ils soient situés sur un type de
cellule ou un autre. La nicotine peut toujours s'y fixer, mais le message est
différent de celui envoyé dans le cerveau. Au lieu d'envoyer un message de
plaisir via la dopamine, la nicotine envoie un signal qui empêche les cellules
de défense de fonctionner normalement en cas d'agression.
Voilà ce qui protège de l'AAE les fermiers qui fument, tout
comme les travailleurs de tourbières ou les éleveurs d'oiseaux amateurs de
tabac. La nicotine vient amoindrir les réactions de leur système immunitaire
qui, autrement, réagirait de façon outrancière contre les poussières. Les
patients qui souffrent d'AAE, comme ceux qui souffrent d'allergies plus
communes, sont en fait victimes d'un système immunitaire trop zélé. C'est
pourquoi l'idée d'utiliser la nicotine comme suppresseur du système
immunitaire refait tranquillement surface.
C'est du moins là-dessus que planche l'équipe de recherche
du Dr Yvon Cormier, pneumologue-chercheur à l'hôpital Laval. Leurs
travaux portent sur une molécule apparentée à la nicotine, mais qui ne
traverse pas la barrière hémato-encéphalique. Jusqu'à maintenant, cette
molécule a, entre autres, prouvé son efficacité chez des souris asthmatiques.
C'est une histoire à suivre !