Thème
: Socio
Taudis : Attente pour HLM Blêmes
Extrait de La Presse :
Hugo Meunier et Katia Gagnon
La Presse, Montréal, Vendredi, 24 Mars 2006
Longues listes
d'attente pour HLM blêmes
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| PHOTO MARTIN TREMBLAY
LA PRESSE La Tour d'habitation Richmond, rue Paxton, dans la Petite Bourgogne |
Avec 22 000 logements disponibles pour 23 000 ménages en attente, le parc de HLM montréalais est devenu un cul-de-sac où pauvreté, vieillesse, immigration et problèmes de santé mentale se côtoient. Suite et fin de notre dossier.
« Ah c'qu'il
est blême, mon HLM... » chantait Renaud au début des années 80.
De nos jours, les HLM montréalais ont non seulement l'ai
blafard, mais ils sont souvent dans un piteux état, abandonnés à l'usure du
temps.
Pas évident toutefois de faire le capricieux lorsqu'on sait
que 23 000 ménages poireautent, souvent pendant des années, sur des listes
d'attente dans l'espoir d'obtenir un logement dans une des 22 000 habitations à
loyer modique montréalaises.
Une fois admis dans le réseau, ces « privilégiés » s'estiment
malgré tout bénis des dieux de pouvoir y habiter. « Trop de locataires de HLM se
disent : Je suis chanceux, j'ai un HLM. Mais ils oublient qu'ils ont des
droits. Si tout le monde accepte sa condition sans broncher, il n'y aura plus de
pression pour améliorer les choses », avertit Claude Majeau, présidente de la
Fédération des locataires de HLM du Québec (FLHLMQ), qui représente les
locataires de 65 000 logements dans la province.
Contrairement au secteur privé, il n'y a pas de
discrimination dans les HLM. L'état des HLM est d'ailleurs moins mauvais que
celui des taudis visités dans le cadre du dossier de La Presse.
Faute de budget cependant, on ne fait que les réparations
urgentes. Le financement accordé aux HLM ne permet pas de rafraîchir ce
gigantesque parc immobilier dont les immeubles, décrépits et vieillots, ont en
moyenne 25 ans. Les 37 000 locataires, assistés sociaux ou personnes âgées, ne
paient que 25 % de leur revenu pour y habiter. Au Québec, aucun HLM n'a été
construit depuis 1994.
Manque d'argent
| QUELQUES POINTS SAILLANTS > 69 % des familles avec enfants vivant dans les HLM
montréalais sont monoparentales. |
À qui la faute ? Autant la Fédération des locataires de HLM
que les autorités s'entendent : on manque d'argent.
Le budget annuel accordé aux HLM est supporté par les trois
ordres de gouvernement. La fédéral paie 55 % de la facture, le provincial, 35 %
et le municipal, 10 %.
Selon le directeur de l'Office municipal d'habitation de
Montréal (OMHM), Michel Perreault, la ville n'hésite pas une seconde à allonger
sa part. « Le problème vient du gouvernement du Québec, aux prises avec des
difficultés financières », indique-t-il.
L'OMHM reçoit habituellement la moitié de ce qu'il réclame.
Cette année, il devrait obtenir quelque 30 des 48 millions demandés. À eux
seuls, les immeubles de Place Lachine rafleront 15 millions, soit la moitié de
la somme totale accordée.
Ce complexe locatif de 400 logements avait fait les
manchettes l'an dernier pour d'alarmants problèmes de moisissure à la suite
d'infiltrations d'eau. L'insalubrité a forcé les locataires à plier bagage.
Le reste de l'enveloppe accordée à l'OMHM servira au
remplacement, à l'amélioration et à la modernisation des HLM ; 3,5 millions
seront consacrés à la remise en état des logements. En majorité, ce sont ceux
qui seront libérés au cours de l'année qui auront une cure de jouvence...
sommaire. L'OMHM peut donc difficilement s'attaquer aux rénovations intérieures
des logements habités. « Avant de changer un comptoir, on va s'attaquer à un
toit qui coule », justifie M. Perreault.
De son côté, la Société d'habitation du Québec reconnaît que
le parc de HLM québécois prend de l'âge, surtout à Montréal. « Les besoins de
rénovations majeures augmentent chaque année, mais la SHQ a quand même haussé
son budget », nuance Sylviane Parent, porte-parole.
Elle ajoute que Montréal reçoit à lui seul 48 % du budget
total pour environ le tiers des HLM au Québec.
Urgences
Pour justifier ses
demandes pécuniaires, l'OMHM a établi une liste de projets de rénovations jugés
« urgents et prioritaires ». Le secteur sud-ouest de Montréal, qui comprend les
quartiers Petite-Bourgogne et Saint-Henri, abrite huit des 17 chantiers prévus.
Fenêtres brisées, toitures, balcons pourris, ascenseurs
défectueux et problèmes de maçonnerie pullulent dans les projets de rénovations
inventoriés à Montréal. Dans un monde idéal, l'OMHM aurait besoin de 135
millions pour répondre à ses besoins.
Et pourtant,l'OMHM n'a pas de difficulté à trouver des
locataires.
Il se libère environ 1800 logements par année. Le phénomène
s'explique, dans la plupart des cas, par des départs dans des résidences pour
personnes âgées ou par des décès. « Une faible proportion trouve un boulot et
s'en sort », laisse tomber Claude Majeau.