Socio
:
Souveraineté du Québec : Pourquoi ?
Collaboration spéciale Jean-François Marcoux
La Presse, Montréal, Vendredi 13 Mai 2005
Opinion
La souveraineté du Québec : pourquoi ?
Avec le scandale des commandites et le récent rapport du PQ sur la prospérité d'un Québec souverain, il semblerait que l'option souverainiste prend malheureusement un certain élan. Ceci nous entraînera encore dans un débat coûteux et surtout basé sur un mythe étant mort et enterré, soit celui que le reste du Canada n'aime pas les Québécois.
Ce mythe était peut-être fondé pendant les
années 1960-1970. Cependant, aujourd'hui il n'existe que dans le PQ qui le vend
bon marché aux Québécois. C'est un mythe largement surévalué. Le reste du
Canada, toujours présenté en bloc monolithique avec le Québec en contraste comme
seul province unique et différente, ne déteste pas les Québécois ou le Québec.
Il n'est pas anti-loi 101 ou anti-francophone. Le reste du Canada se fout
éperdument de ces questions.
Ce que les souverainistes ne veulent pas dire, c'est que d'autres provinces
canadiennes désirent une réorganisation de la fédération canadienne. Il existe
en ce moment une ouverture pour travailler avec les autres provinces en vue de
renégocier l'arrangement constitutionnel. N'est-ce pas la une voie plus positive
et surtout plus payante que de vendre une option souverainiste floue et basée
sur l'émotion ?
En ce qui concerne la menace au français, la loi 101 (une bonne loi en passant)
à fait son œuvre et le français est en vie et en santé au Québec. Les enfants
des immigrants le parlent dans la vie de tous les jours ayant été à l'école en
français. Où est le danger ? Où est l'avantage de la séparation ?
L'aile souverainiste vous dira que nous serions en plein contrôle de notre
destinée et que nous serions un pays fort. Beau discours qui en appèle aux
émotions. Cependant, je vous pose la question : est-ce que le français est mieux
protégé en tant que population de 6 millions dans un pays de 31 millions
d'habitants qui reconnaît le français comme langue officielle ou comme petit
pays de 6 millions dans une mère d'anglophones de 300 millions (États-Unis et
Canada) ? La réponse semble claire.
La question du pouvoir sur notre destinée est aussi pleine de trous. En effet,
un Québec indépendant de 6 millions d'habitants aurait-il plus ou moins de poids
que le Canada quand viendra le temps de négocier des accords économiques avec
les Américains (qu'on le veuille ou non ils sont notre partenaire commercial
principal) ? Où est le bénéfice ici ?
Pour continuer, dans un contexte de mondialisation et de perte de pouvoir des
gouvernements face aux corporations est-ce que la tendance est à la séparation
ou alors à l'union ? Nous n'avons qu'à regarder l'Europe. Un continent fait de
pays forts avec une longue histoire. Or, qu'ont fait ces pays ? Ils se sont
engagés dans un processus d'unification où ils cèdent des parties de leur
souveraineté nationale au profit d'une autorité supranationale (Union
européenne) et ce dans le but d'avoir de meilleures chances de défendre leurs
intérêts sur la scène économique mondiale. Si la France et l'Allemagne, se
sentant trop faibles pour bien agir sur la scène internationale, ont décidé de
s'unir où est la logique de sortir d'un État bien représenté dans les forums
mondiaux (le Canada) pour se retrouver seul ?
Ah oui, j'oubliais, nous serions indépendants et en contrôle de notre destin.
Ensuite, les chiffres du PQ me semblent quelque peu optimistes. Il semblerait
que les souverainistes ont encore une fois «oublié» certains des coûts étant
liés à l'indépendance. Ce n'est pas un bénéfice clair que de se séparer. Ce
n'est pas juste une entrée de sous. Il y aura aussi plusieurs coûts comme par
exemple un ministère de la Défense et une armée (si petite soit-elle), un vrai
ministère des Affaires étrangères ainsi que des ambassades. Il faudrait aussi se
questionner sur l'adhérence aux traités et organismes internationaux (Pas un
automatisme). La question de la monnaie vient ensuite. Évidemment, un Québec
indépendant ne serait pas un pays pauvre mais serait-il mieux qu'en tant que
province ?
Finalement nous arrivons à deux éléments clés qui sont au fond de la question
souverainiste. Première surprise : les souverainistes s'outrent de la
centralisation des pouvoirs à Ottawa. Ils disent qu'en rappariant ces pouvoirs
nous serions en contrôle de notre destinée. Or, quelle forme aurait un Québec
indépendant selon les souverainistes ? Une fédération tenant compte des
différentes régions du Québec ? Pas du tout. Il s'agirait d'une république
centralisée à Québec. Le pouvoir serait entre les mains d'un gouvernement
central fort à une seule chambre législative. Où est l'amélioration ? Est-ce que
cette option représente les intérêts des gens en région ? Comment un
gouvernement québécois s'arrangerait avec les populations autochtones qui n'ont
aucune envie d'être Québécois ? Ont leur donnerait leur indépendance aussi ? Peu
probable.
Deuxième élément : que veulent dire les souverainistes quand ils disent
Québécois» ? Cette question est épineuse. Elle mène souvent un souverainiste
dans une suite de belles manœuvres de patinage artistique ayant pour but
d'éviter de répondre. Alors, qu'est-ce qu'un Québécois ? C'est un francophone de
souche. Pas si mal. Par contre en grattant un peu ou se rend compte que ce
francophone de souche est avant tout blanc. Il fait partie de la «race»
francophone. Ceci devient une question de fond quand on considère que le Québec
d'aujourd'hui est multiethnique.
Les souverainistes disent donc aux communautés ethniques de voter oui mais ils
ne les incluent pas vraiment dans le projet. Ces communautés deviennent donc des
simples votes qu'il faut rallier temporairement à la souveraineté question
d'obtenir, finalement le résultat escompté.
Finalement, les souverainistes ont une vilaine tendance à parler des Québécois
comme étant un peuple opprimé et dont l'élan et le dynamisme est freiné par les
méchants à Ottawa. Je mets au défi n'importe qui de lire la définition
d'oppression et de me prouver qu'en tant que membres du Canada nous sommes les
victimes d'une oppression.