Thème
: Socio
Siècle Mal Parti
Extrait de La Presse :
Alain Cuniot
La Presse, Montréal, Mardi, 07 Mars 2006
Alain Cuniot : M. Cuniot est l'auteur de « Incroyable... mais faux ! » et de « Il n'y a pas de folies douce ».
Forum : Un siècle mal parti
Les « affaires » des caricatures et du kirpan
nous montrent que le monde se fissure de plus en plus en devenant de plus en
plus religieux.
On a attribué à André
Malraux la fameuse phrase : « Le XXIè siècle sera religieux, ou ne sera pas. »
Il l'a déniée en son temps, précisant qu'il n'était pas extralucide, mais cette
phrase apocryphe, relevant des légendes littéraire, continue de tourner dans
bien des têtes. Aujourd'hui, il apparaît plutôt que le monde se fissure de plus
en plus en devenant de plus en plus religieux.
Le dernier épisode, après l'affaire des caricatures danoises,
est celui du kirpan sikh, qui vient d'obtenir son billet d'accès libre dans les
écoles.
La réflexion dominante qui semble avoir nourri la décision de
la Cour suprême est que le kirpan est « avant tout un symbole religieux » et
qu'il n'est pas, en l'état, une arme dangereuse. Concernant la dangerosité
quasiment nulle de l'objet, je veux bien . Mais le problème, le vrai problème,
le seul problème, est que, précisément, l'objet en question EST un symbole
religieux. Et il me paraît clair que depuis ces dernières décennies, les
symboles religieux, particulièrement ostentatoires, sont devenus des vecteurs
d'un prosélytisme religieux parti à la conquête des espaces publics.
Regardons-y de près.
Port de voile
Lorsque le 16 juin 2005, la
Commission des droits de la personne autorise le port du voile à l'école, on a
pu lire que les sikhs « se sentaient encouragés » dans leur plainte à la Cour
suprême, et que leur cause était aussi celle de toutes identifications
religieuses dans le domaine public. À commencer dans les écoles, c'est à dire le
premier terrain où combattre l'esprit de neutralité laïque. Cette solidarité est
constante. Lorsqu'en Ontario on a, quand même, décidé d'interdire les tribunaux
islamiques prêts à appliquer la charia, le Congrès juif canadien s'est insurgé.
Cette exigence, au nom du respect des différences, de l'intrusion des apparences
religieuses dans les espaces publics est assez récente.
Je suis un homme de 77 ans. J'ai été nourri
intellectuellement et humainement par le PLOG. La PLOG ? C'est, en France,
l'école Publique Laïque, Obligatoire et Gratuite, instaurée dès 1882 par Jules
Ferry (en même temps qu'il faisait voter des lois pour la liberté de réunions,
de la presse, des syndicats, ce qui n'était pas rien) solidifiant ainsi l'esprit
républicain.
Que ce soit à l'école primaire ou au collège, je n'ai pas
souvenir que mon copain Lerner venait en classe avec sa kippa, ou que mon pote
Ahmed revendiquait un coin pour étaler un tapis de prière. Le dérapage a
débuté dans les années 1980. Quand l'islamisme a pris le pouvoir en Iran. C'est
alors qu'on a vu apparaître les premières filles à foulards. Jamais, auparavant,
les parents musulmans n'avaient eu cette idée. De la même façon, jamais les
ouvriers O.S. de Renault Billancourt, où j'ai travaillé deux années, quasiment
tous musulmans, n'avaient la moindre velléité d'affirmer leurs pratiques
religieuses dans l'entreprise. Ils se retrouvaient, sans état d'âme, au coude à
coude dans les syndicats, avec les ouvriers, disons français -- quoique aussi de
diverses confessions -- ou aucune. Alors, il ne s'agissait que de l'Islam, leur
religion. Aujourd'hui, il s'agit de l'islamisme, mouvement politique dont le but
avoué est l'institutionnalisation de la religion islamique. (...)
Hauts cris
Des imans, des rabbins, des évêques
poussent de hauts cris quand on touche de façon critique -- uniquement critique,
par la plume ou l'image -- à ses interdits ou contraintes qui tiennent plus de
pressions dogmatiques que d'enseignements sacrés.
Comment ne pas s'indigner quand l'Organisation de la
conférence islamique et la Ligue arabe se proposent de demander à l'Onu
l'adoption d'une résolution interdisant les atteintes aux religions ?
Revendication reprise ces dernières semaines par l'Organisation de la conférence
islamique européenne, précisant, ni plus ni moins, de faire voter « des lois
contre l'islamophobie » et « un code de communication internationale qui
définirait les limites de la liberté d'expression dans le domaine des symboles
religieux ».
Comment la Cour suprême du Canada dans cette affaire
apparemment mineure du kirpan sikh, n'a-t-elle pas conscience qu'elle s'ouvre
ainsi à l'offensive internationale pour brider l'esprit critique né des
Lumières, et brimer l'esprit laïque, né de la République ?
Comment, enfin, ne pas s'inquiéter de la prudence, voire de
la lâcheté, des grands responsables politiques, devant les violences haineuses
inspirées par les manipulateurs islamistes ? L'ambassade de France est attaquée
à Téhéran ? Pas la moindre protestation officielle du gouvernement Villepin. On
en reste au caractère « blessant » des dessins !
Pour conclure, sur un ton plus léger, je ne peux m'empêcher
de citer cette merveilleuse réponse de Fleming Rose, éditeur des 12 caricatures,
à qui on demandait s'il regrettait d'avoir publié ces dessins : « Me poser cette
question, c'est comme demander à une victime de viol si elle regrette d'avoir
porté une jupe courte un vendredi soir à la discothèque ».