Thème
: Socio
Immigrants Hérouxville
Collaboration
Mario Girard
La Presse, Montréal, Dimanche, 28 Janvier 2007
Les « immigrants » de Hérouxille
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| À Hérouxville, tout le monde connaît Samuel, 7 ans, un
petit Haïtien adopté en bas âge. Photo Bernard Brault, |
Les fameuses « normes de vie » adoptées
par le conseil municipal de Hérouxville font bien des remous. Ce petit village
tranquille de la Mauricie a trouvé une façon originale de prendre part au débat
actuel sur les accommodements raisonnables.
Grâce à un sondage, il a été décidé qu'à Hérouxville « ne lapide pas les femmes»
qu'une femme «eut être soignée par un homme médecin»ou l'inverse, que dans les
écoles «es enfants ne doivent porter aucune arme (...) symbolique ou non » et
que les enseignants accomplissent « leurs fonctions à visage découvert ».
Applaudie par de nombreux citoyens (Hérouxville croule sous les courriels
élogieux), cette initiative inquiète les observateurs. Quant aux juristes, ils
affirment que cette «charte»n'a aucune valeur.
Samuel était très heureux hier matin.
Caché dans un igloo improvisé au fond de sa cour, le garçon de 7 ans se tenait
loin des discussions que ses parents avaient depuis le lever. Car à Hérouxville
hier, on n'en avait que pour une chose: le fameux « code de vie » que le conseil
municipal venait d'adopter et que La Presse rapportait à sa une.
À Hérouxville, tout le monde connaît Samuel. Le petit coquin qui distribue des
sourires à la volée est le seul Noir de son village. Le seul ? Pas tout à fait,
il y a aussi une famille d'origine dominicaine qui habite non loin de chez lui.
Il y a aussi parmi les «immigrants» un Français, un Américain et une famille de
la Nouvelle-Écosse.
Mais chose certaine, Samuel représente actuellement l'unique «minorité visible»
de son école, qui rassemble environ 75 élèves. « Tout le monde ici savait que je
voulais tomber enceinte et que ça ne marchait pas, raconte sa mère, Julie
Mercier. Quand j'ai fait une demande d'adoption et que j'ai su que ça allait
être un petit Haïtien, ça s'est rapidement su. Le lendemain de l'arrivée de
Samuel, je l'ai installé sur le comptoir de l'épicerie que possédait mon père et
tout le village a défilé pour venir le voir. Les gens étaient curieux et c'est
normal. »
Julie Mercier fait partie des citoyens de Hérouxville qui pensent que le conseil
municipal de son village a eu raison d'établir cette liste de «normes»
officielles. « Je ne voudrais pas qu'on s'imagine que les gens de Hérouxville
sont racistes, dit-elle. S'il y avait des femmes musulmanes qui devaient venir
s'installer ici, je les accueillerais à bras ouverts. Je trouve juste plate
qu'elles doivent porter un voile. »
300 courriels à l'heure
Le conseiller municipal André Drouin est l'instigateur
de ce projet qui a pris la forme d'un document officiel en route pour cinq
ministères provinciaux et deux ministères fédéraux. Rencontré dans sa paisible
demeure en bordure du lac Castor, l'homme n'en revenait pas de l'impact que
prenait cette affaire.
« Depuis 6h ce matin, on reçoit 300 courriels à l'heure, dit-il. Et ils sont
pour la grande majorité très favorables. Ça vient de partout. On a même reçu des
courriels de la France et de l'Australie. » En soirée hier, le site Internet de
la municipalité avait reçu 1700 courriels.
Cette forte réaction s'explique facilement, selon André Drouin. « On a demandé
au peuple ce qu'il pensait, c'est cela le secret. Je trouve qu'on dialogue trop.
Moi les droits, j'ai de la misère avec ça. Je préfère parler de devoirs et
d'obligations. Chaque fois que vous donnez des droits à quelqu'un, vous ajoutez
une brique aux murs qui l'emprisonnent. »
Quand on rappelle à André Drouin que les désirs du «peuple» ne reflètent pas
toujours la voix des minorités, il s'arrête deux secondes avant de reprendre. «
Moi je ne vois pas de minorités, dit-il. Si tout le monde s'intègre aux autres,
il n'y aura pas de minorités. »
Le conseiller municipal a confié que durant la matinée d'hier il avait été
approché par un parti politique. «Je ne vous en dis pas plus, dit-il. Tout ce
que je peux ajouter c'est que j'ai répondu à celui qui m'a téléphoné que le jour
où ils mettront leurs culottes, je m'intéresserai à eux.»
André Drouin espère maintenant que ce document jouira d'une quelconque
reconnaissance sur le plan juridique ou constitutionnel. Et si ce document
n'avait aucune valeur. « Ça, mon cher monsieur, c'est ce que j'attends de voir.
Et si c'est le cas, la terre entière va le savoir. »
C'est génial
Au Marché Gervais, la principale épicerie du village,
les citoyens rencontrés applaudissaient tous l'initiative de leur municipalité.
« Si des gens de l'extérieur décident de venir s'établir chez nous, c'est à eux
de s'accommoder, dit Charles Dumont, un éleveur de lapins de 28 ans. C'est le
gros bon sens, il me semble. »
« On a l'impression que c'est un message d'intolérance, dit Jocelyne Gervais, la
copropriétaire de l'épicerie. En fait, c'est le contraire. Ça respecte tous les
individus. Moi je trouve cela génial », ajoute-t-elle.
La maman de Samuel trouve elle aussi que les habitants de Hérouxville sont très
tolérants à l'égard des étrangers. Elle affirme que son fils n'a jamais été
victime d'insultes de la part de ses camarades de classe. « Au fond, il est
tellement protégé ici que je me dis qu'il faudra bien un jour le préparer à ce
qui l'attend plus tard ailleurs », dit Julie Mercier.
Voir aussi : Défense de Lapider
Hérouxville Inquiétante