Thème
: Socio
Hérouxville Inquiétante
Collaboration
Ariane Lacoursière
La Presse, Montréal, Dimanche, 28 Janvier 2007
LA DÉMARCHE DES ÉLUS DE HÉROUXVILLE INQUIÈTE
Ridicule, surréaliste, grotesque !
Le règlement adopté par les
conseillers municipaux de Hérouxville a fait dresser les cheveux sur la tête à
de nombreux spécialistes du droit et de l'accommodement raisonnable, hier.
« Les normes vont contre la Charte canadienne des droits et libertés et sont donc
inconstitutionnelles », affirme l'avocat Jean-Claude Hébert. Selon lui, les élus
n'ont pas consulté d'avocat avant de rédiger leur règlement. « On dirait que ça a
été voté sur le coin de la table! On voit la naïveté du propos et c'est risqué
qu'ils ne se couvrent de ridicule », dit-il.
Surréaliste, grotesque, ubuesque En lisant la manchette de La Presse,
hier, la vice-doyenne de la faculté d'éducation permanente de l'Université de
Montréal et ancienne consultante en conflits culturels, Rachida Azdouz, a tout
d'abord été choquée. Puis, son analyse de la situation l'a troublée. « Malgré les
nombreux débats sur l'accommodement raisonnable, les préjugés sont encore
présents », déplore-t-elle.
Mme Azdouz croit que le cas de Hérouxville
illustre l'immense clivage qui sépare Montréal des régions du Québec. «On vante
souvent le multiculturalisme québécois, mais ce phénomène n'existe qu'à
Montréal. En région, le degré d'ignorance envers les immigrants est beaucoup
plus grand, car il n'y en a pas!» explique-t-elle.
Selon Mme Azdouz, les normes de Hérouxville s'inscrivent dans une nouvelle
tendance inquiétante. « Depuis que Mario Dumont s'est prononcé sur les
accommodements raisonnables, une vanne a été ouverte au Québec. Après des années
de rectitude politique en matière d'immigration, on dirait que c'est à qui sera
le plus courageux et le moins politically correct. C'est dangereux », dit-elle.
Le ministère de l'Immigration du Québec a refusé de commenter la situation,
hier.
La faute aux médias
Selon Tanya St-Jacques, du Comité écoles
et communauté, le gouvernement ne doit pas prendre l'incident de Hérouxville à
la légère. « Même si ce n'est l'opinion que d'une minorité, il faut réaliser que
certaines personnes semblent effrayées par les communautés culturelles. Il faut
continuer le travail de sensibilisation », commente-t-elle.
Il faut aussi s'attaquer aux médias, croit le président du Comité consultatif
sur l'intégration et l'accommodement raisonnable en milieu scolaire, Bergman
Fleury. Ce dernier déplore que les journalistes ne rapportent que les cas
d'accommodements qui donnent raison aux minorités, comme l'affaire des vitres
givrées du YMCA.
« Certains élèves ont déjà voulu avoir un lieu de prière pour hommes uniquement,
dans des écoles. On a toujours refusé car l'égalité des sexes n'est pas
négociable au Québec. Mais ces cas n'ont jamais fait les manchettes»,
expose-t-il.
Même si beaucoup reste à faire avant que tous les préjugés ne soient abolis, Mme
Azdouz reste optimiste. «Le Québec laïque est jeune. L'équilibre que l'on
cherche est atteignable. Il faut simplement poursuivre le dialogue », dit-elle.
Un président pantois
Pour sa part, le président de la
Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, est resté pantois
devant l'initiative des élus locaux. «Je ne pense pas qu'on aura une invasion de
talibans dans le prochain mois», a-t-il lancé avec ironie.
« C'est la première fois que je vois une municipalité dire que ceux qui veulent
venir s'établir ne pourront lapider leurs femmes. C'est un bizarre de message.
Et ça sort de l'entendement. Comme si tous les immigrants lapidaient! » s'est
indigné M. Généreux, qui est aussi maire de Saint-Prime au Saguenay-Lac
Saint-Jean.
«Tout cela relève davantage du Code criminel que d'une réglementation
municipale», a conclu le président.
Avec la collaboration de Pierre-André Normandin, Le Soleil
Voir aussi : Défense de
Lapider
Immigrants Hérouxville