Collaboration
Anne-Marie Tremblay
Montréal Express, Jeudi, 14 Juin 2007
De plus en plus de jeunes dans les HLM
Au cours des dernières années, le nombre de jeunes dans les HLM a explosé. « Aujourd’hui, 40 % des résidants qui vivent en HLM dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve ont moins de 20 ans ! », affirme Annick Germain, chercheuse qui s’est penchée sur la question des groupes communautaires jeunesse installés au cœur des HLM de cet arrondissement.
Des observations qui pourraient être
les mêmes, peu importe où on se trouve sur l’île de Montréal, estime-t-elle. En
effet, à travers la métropole, les personnes de moins de 20 ans représentent
plus du tiers des résidants des HLM. « Depuis les années 1990, le nombre de
familles immigrantes a monté en flèche, des familles qui comptent beaucoup
d’enfants. »
On estime même que, entre 1999 et 2002, près de 40 % des ménages qui se sont
installés dans les HLM montréalais étaient immigrants. Une réalité observée à l’Apparte,
où maintenant, plus de la moitié des habitants proviennent d’une autre origine
ethnique.
Un visage qui change
Les critères pour obtenir un toit à prix modique ont changé au cours des années, contribuant aussi à modifier le visage des habitants des HLM. Autrefois, familles à petits revenus côtoyaient des personnes défavorisées. Au tournant des années 90, un système de pointage a été mis sur pied, permettant de sélectionner les personnes les plus démunies.
Proximité, multiculturalisme, pauvreté
: ces éléments font dorénavant partie du lot quotidien des résidants de ces
logements sociaux, avivant souvent les tensions. « Si tu as de la misère à
nourrir ta famille, tu vis du stress, tu es moins patient. Imaginez cette
situation dans un complexe de 200 logements qui compte 585 personnes! »,
iIlustre Joëlle Dupras, directrice du centre des jeunes Boyce-Viau.
Et qui dit pauvreté, dit vulnérabilité. Trop souvent, les complexes de HLM
deviennent un épicentre où gravitent toutes sortes de personnes plus ou moins
bien intentionnées. Une réalité bien souvent observée par Joëlle Dupras. Les
immeuble du complexe Boyce-Viau se trouvent ceinturés par le métro et par un
parc de fers où l’herbe mériterait d’être coupée. « Le HLM est une belle toile
d’araignée, illustre-t-elle. Les gens peuvent s’y cacher facilement. »
Pour le commandant Roger Bélair, qui travaille dans l’est de Montréal-Nord, il y
a toutefois un pas à franchir avant de conclure que HLM égale criminalité,
prostitution, violence et graffitis. Des préjugés qui ont la vie dure. « Oui, il
arrive ce genre de choses dans les HLM, mais plusieurs écoles privées de renom
sont également aux prises avec ce genre de problèmes. »
Contrairement à l’Europe, Montréal a
vite cessé de bâtir de grands ensembles de logements à prix modique, aujourd’hui
pointés du doigt comme des ghettos. En tout, l’administration municipale en a
construit une vingtaine. Très rapidement, la ville s’est tournée vers une
formule où de petits immeubles se trouvent disséminés à travers la ville afin de
favoriser la mixité sociale. Les Shop Angus, où condos et logements sociaux se
mélangent, en est un bon exemple.