Collaboration
Anne-Marie Tremblay
Montréal Express, Jeudi, 14 Juin 2007
« Dans mon HLM »
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| Dans les HLM montréalais, 82 organismes communautaires pilotent 92 projets. Activités jeunesse, insertion sociale, loisirs, sécurité alimentaire, suivi scolaire et soutien sont leurs principaux champs d’intervention. (Photo: Jacques Pharand) |
Ils s’appellent Tanya, Jessy, Jonathan, Christopher, Carole, Vicky... Ils ont entre 12 et 18 ans. La plupart d’entre eux vivent dans un HLM depuis leur naissance. Une réalité qui n’est pas toujours rose. Incursion chez les ados du HLM Hochelaga.
Au départ, ils étaient réticents à
parler. La table de billard et l’ordinateur de « l’Apparte », groupe
communautaire qui les accueille chaque soir, étaient bien plus attirants.
Jusqu’à ce que la première question soit posée. Dès lors, l’ambiance tourne.
Tellement que le crayon de la journaliste ne réussit pas toujours à suivre le
rythme.
La vie en HLM ou en coopérative est la seule qu’ils connaissent. Et ils n’ont
pas l’air malheureux. « Ce que les gens n’ont pas compris, c’est que, si on paye
moins cher de loyer, ça fait plus d’argent pour acheter des choses! », s’exclame
Jonathan. « Je ne dis pas que des fois, je ne déménagerais pas. Mais en général,
j’aime ça vivre ici : je suis proche de tous mes amis! », renchérit Vicky.
Le parc juste en face devient le lieu de rassemblement de ces jeunes, leur cours
commune. On dirait presque une famille élargie, avec les taquineries et les
chamailleries autour de la grande table. « Plusieurs jeunes fréquentent l’Apparte
depuis qu’ils ont 3, 4 ans! Nous avons des photos d’eux lorsqu’ils venaient tout
petits », affirme Andrée-Anne Laberge, intervenante.
Mais leur réalité n’est pas toujours rose. Derrière le regard des jeunes, on
sent que plusieurs ont dû devenir adulte avant le temps, qu’ils ont perdu leur
innocence. « Moi, je trouve que ça pue, ça suce, ça pisse ! », résume crûment
l’une des participants suscitant de nombreux éclats de voix autour de la table.
« Moi, ce que je trouve dur, c’est qu’il faut ramasser les bouteilles de bière
que le monde pète sur notre terrain! », lance Stéphanie.
Très tôt, ils ont été confrontés aux méfaits de la drogue. « Il y a plein de
monde qui fument des joints ou qui se piquent dans le parc! » s’exclame l’un,
créant une réaction en chaîne. « Il faut vérifier, avant de jouer, s’il n’y a
pas de seringues qui traînent. » Les intervenants de l’Apparte ont d’ailleurs un
dispositif pour ramasser les seringues de façon sécuritaire.
Pointés du doigt
D’autres fois, c’est le poids de la discrimination qu’ils traînent comme un boulet. « Moi, les gens me pointent du doigt à l’école, parce que j’habite en HLM », affirme Tanya, visiblement blessée. À force de railleries, elle en est même venue à ne plus vouloir aller à la polyvalente. Fort heureusement, sa mère l’a convaincu de persister. « Elle me motive à faire mon secondaire. Elle aimerait ça aussi que j’aille au cégep. »
Tanya n’est pas la seule à trouver l’école difficile. Chacun des dix jeunes rencontrés confie en arracher. Parcours particuliers, redoublement, problèmes de comportement, écoles spécialisées : les embûches sont nombreuses. Malgré tout, ils visent tous de décrocher au moins un diplôme de secondaire cinq. Et surtout, même si la vie ne les a pas épargnés jusqu’à maintenant, ils rêvent tous d’un avenir meilleur. Et plus tard, ils aspirent à être travailleur de la construction, intervenant auprès des jeunes, vétérinaire ou même joueur de hockey! Gageons qu’ils y parviendront!
À Montréal, les personnes âgées de
moins de 20 ans représentent plus du tiers des résidants des HLM.