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Gangs de Rue Incontournables

Extrait de La Presse : André Cédilot
La Presse, Montréal, Vendredi, 04 Novembre 2005

Les gangs de rue sont devenus incontournables

TRAFIC DE STUPÉFIANTS

Photo: Archives La Presse

Depuis l'opération Printemps 2001, qui a décimé les Hells Angels, les gangs de rue ont pris le relais et sont devenus incontournables dans le trafic de drogue. «Ils sont omniprésents à Montréal, et ils sont extrêmement violents. Ils sont aussi actifs à Québec et Hull», affirment les experts de la lutte contre le crime organisé.

Encore secoués par les raids policiers qui ont mené leurs gros canons en prison, les Hells Angels restent sur la défensive pour l'instant. D'autant, estiment les policiers, qu'ils n'ont pas le goût de se lancer dans une nouvelle guérilla urbaine meurtrière comme celle qui a duré sept ans avec les Rock Machine/Bandidos.

Fins renards, les Hells Angels se servent, directement ou indirectement, des gangs de rue les plus sûrs et les mieux structurés- on en compte une dizaine- pour faire leurs mauvais coups et distribuer la drogue à Montréal et en banlieue. Soit ils les approvisionnent directement, soit ils perçoivent des redevances (une cote, dans le jargon du milieu) sur la drogue que les jeunes gangsters achètent d'autres trafiquants et qu'ils revendent dans les territoires sous le contrôle des motards.

Cette tactique a l'avantage de multiplier les paliers entre les fournisseurs et les vendeurs de rue. Le travail de la police est par le fait même plus compliqué. «Il est déjà difficile de remonter à la tête d'une organisation, imaginez quand il n'y a pas échange de drogue, mais le simple paiement d'une cote», explique un détective. De toute façon, tout le monde y trouve son compte puisque les Hells Angels n'ont qu'à vendre la drogue plus cher. Le prix au gros d'un kilo de cocaïne tourne autour de 50 000 $. Il n'y a pas si longtemps- avant la guerre des motards- il dépassait rarement les 40 000 $ le kilo.

Selon lui, cette façon de faire des « nouveaux » dirigeants des Hells s'inspire des frères Dubois. Retirés dans les Laurentides où ils brassent des affaires, ces derniers ont loué pendant des années le secteur de la Main à des trafiquants montréalais. Johann Camiluccie, un riche «homme d'affaires» italien arrêté au milieu des années 90, s'occupait, le cas échéant, de faire le lien avec les Rock Machine ou les Rockers de Montréal.

L'impact du chef

L'instabilité et la désorganisation chronique du milieu des gangs de rue expliquent la recrudescence des attentats et fusillades à Montréal depuis le début de l'année. «Les différents gangs cherchent à s'imposer dans un même territoire. Certains jeunes loups passent d'un gang à l'autre, et d'un racket à l'autre. Ils n'hésitent pas à se rançonner et à se voler entre eux. Il y en a aussi qui refusent de payer la cote. Il y a de l'intimidation dans les écoles, les parcs, les bars. Tout cela provoque des incidents qui se règlent souvent par les armes», soulignent les policiers.

La force d'un gang de rue, il faut le dire, repose pour beaucoup sur son chef et ses alliés d'autres groupes. En gros, tant que le chef bénéficie des trafics et autres activités illicites de ses troupes, tout va bien. Le jour où la confiance n'y est plus, tout s'écroule. Comme chacun tient son pouvoir de la violence, on devine la suite...

Les Hells ont compris le petit jeu. Au tout début de la guerre des motards, en 1994, Maurice Boucher et ses sbires ont vite fait les beaux yeux à Gregory Wooley et ses proches des Master B. Reconnu comme un trafiquant strict en affaires et surtout vite sur la détente, Wooley a joué un rôle clé dans le recrutement des gangs de rue.

En tant que membre des Rockers, il est le seul Noir de l'organisation des Hells Angels. Même s'il est emprisonné depuis quatre ans, le petit club que Wooley a fondé en 1999- le Syndicate (en référence à syndicat du crime)- est toujours sous la tutelle des Hells et continue de rouler à fond de train dans le centre-ville de Montréal. Il sert un peu de modèle aux gangs de rue.