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Al-Qaeda : Filière Canadienne

Collaboration spéciale Hugo Meunier
La Presse, Montréal, Dimanche 15 Mai 2005  

Une filière canadienne d'Al-Qaeda

Une réelle menace pour le pays selon le SCRS

Photo AP

Le chef de l'organisation terroriste Al-Qaeda, Oussama ben Laden.

La majorité des nouvelles recrues canadiennes d'Al-Qaeda sont formées au pays, hautement appréciées de leurs dirigeants, passent facilement inaperçues, se rencontrent dans des forums de discussion sur Internet et s'entraînent parfois sur des terrains de paintball.

C'est du moins une partie des étonnantes révélations contenues dans un rapport du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), et que le quotidien Toronto Star a obtenu grâce à la Loi d'accès à l'information.

Le document révèle que l'organisation terroriste Al-Qaeda et ses groupes affiliés représentent une menace directe pour le Canada. Les dirigeants terroristes tenteraient d'y étendre leurs ramifications et tiendraient en haute estime les jeunes recrues canadiennes, d'abord parce que ces nouveaux adeptes connaissent bien le pays et les moeurs occidentales.

Selon le SCRS, ils peuvent donc plus facilement passer inaperçus.
Les forums de discussion sur Internet et les terrains de paintball seraient dans le collimateur des groupes terroristes. Dans les deux cas, on y recherche des jeunes habités par la colère qui seraient prêts à adhérer à une cause.

Des allégations qui auront sans doute pour effet de donner raison à un commentateur de la chaîne américaine Fox, qui décrivait tout récemment le Canada comme un «nid de terroristes».

Après les camps d'entraînement terroristes en Afghanistan ou ailleurs au Moyen-Orient, la nouvelle génération de combattants cultiverait plutôt sa rage devant le petit écran. Selon une agente du SCRS à la retraite interviewée par le Toronto Sun, les recrues canadiennes cultivent leur haine pour l'Occident en écoutant des chaînes d'informations nationales américaines, où l'on montre les pays de l'Ouest attaquer les pays musulmans.

Dans leur rapport, les agents du SCRS montrent du doigt plusieurs citoyens canadiens soupçonnés d'avoir joué des rôles importants dans des complots terroristes un peu partout sur le globe.

Montréal dans la mire des terroristes ?

Pour John Reinbold, policier new-yorkais en poste à Montréal pour la division du renseignement sur le terrorisme, le Canada a tout intérêt à se préparer contre la menace terroriste. «Ce que se demandent plusieurs corps policiers, ce n'est pas si ça va arriver, mais plutôt quand et où», a affirmé hier M. Reinbold en marge de la simulation d'attaque terroriste qui se déroulait au centre-ville de Montréal.

Depuis le 11 septembre 2001, des agents new-yorkais ont été déployés, comme lui, dans les grandes métropoles du monde. «Montréal et Toronto constituent des abris potentiels pour des terroristes, on a des renseignements là-dessus tous les jours», a ajouté M. Reinbold.

Sans vouloir semer la panique, ce Montréalais d'origine estime que le métro représente une cible de prédilection pour les terroristes : «C'est un endroit fermé. Si tu veux beaucoup de morts par arme chimique, c'est un bon endroit.»

John Reinbold a rappelé que le Canada figure sur la liste des cinq pays occidentaux menacés par Al-Qaeda au lendemain du 11 septembre.

Dans son dernier rapport, publié en avril, la vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, avait vivement critiqué le gouvernement fédéral pour le piètre état du dispositif antiterroriste au Canada, quatre ans après les attentats de New York. Sheila Fraser avait déclaré que l'argent destiné à la protection civile - plus d'un milliard par année - était mal dépensé. Elle avait cité par exemple le manque de personnel compétent pour renforcer les équipes d'intervention en cas d'urgence.

Avec la collaboration de la Presse Canadienne