Thème : Sexo      Mesurez votre audience
Outgames (15) :

Extrait de La Presse : Mario Girard
La Presse, Montréal, Vendredi, 28 Juillet 2006

15 : L'homoparentalité et le transsexualisme sous la loupe

CONFÉRENCE SUR LES DROITS DES LGBT

Parmi les nombreux thèmes abordés au cours de la première journée de la Conférence internationale sur les droits des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT), ceux de l'homoparentalité et du transsexualisme ont dévoilé quelques pans de leur réalité. Conclusion: les conjointes lesbiennes font d'excellentes belles-mères et le transsexualisme souffre de son isolement.

Phénomène peu exploré jusqu'ici, l'homoparentalité intéresse de plus en plus les chercheurs. Hier matin, des étudiants de l'UQAM sont venus présenter des données préliminaires liées à des travaux en chantier. En introduction, Danielle Julien, professeure de psychologie à l'UQAM, a expliqué que la plupart des études réalisées jusqu'ici sur le sujet ont été faites pour le compte des juristes. Il est grand temps selon elle qu'on aille plus loin. Mais déjà, des conclusions se profilent à l'horizon.

Belles-mères lesbiennes

«Il ne fait aucun doute qu'il n'y a aucune différence quant à la compétence parentale des homosexuels», dit-elle. Certaines études relèvent toutefois qu'il y a davantage de femmes en détresse parmi les mères lesbiennes et que les filles élevées par des lesbiennes étaient plus enclines à explorer la bisexualité que les autres filles hétérosexuelles.

Émilie Jouvin s'est attardée à comparer des familles recomposées, d'une part de mères lesbiennes et d'autre part de parents hétérosexuels. Elle a entre autres découvert que les belles-mères lesbiennes avaient une meilleure relation avec les enfants de leur conjointe que dans le cas du beau-parent hétérosexuel. Son étude démontrera que le bien-être des enfants élevés par des parents gais est aussi probable qu'avec des parents hétérosexuels.

Alexandre L'Archevêque s'est intéressé à l'implication des pères gais auprès de leurs enfants. Comme la plupart ont eu leur enfant au moment d'une relation hétérosexuelle, il a remarqué que les hommes qui n'avaient pas encore vécu leur coming-out avaient une relation plus difficile et distante avec leurs enfants.

Leur collègue Johanna Vyncke a comme champ d'intérêt l'homophobie dont peuvent être victimes les enfants élevés par des parents homosexuels. Sur les enfants consultés, 67% affirment n'avoir jamais été victimes de discrimination à cet égard. Près de 30% d'entre eux ont toutefois répondu avoir connu une forme d'homophobie «rarement» ou «de temps en temps».

L'isolement des transsexuels

Plus tard en après-midi, Julie-Maude Beauchesne, présidente de la Coalition des transsexuel(les)s du Québec, a animé un atelier à propos des difficultés rencontrées par les transgenres lorsqu'il s'agit de se rassembler et de revendiquer leurs droits.

«Le problème c'est qu'une fois qu'ils ont subi leur transformation, les transsexuels adoptent un mode de vie qui les rend invisibles», dit-elle avant de parler d'études internationales qui prétendent qu'une personne sur 2000 serait transsexuelle.

Selon la jeune femme de 32 ans, qui a connu une transformation il y a quelques années, le coming- out des transsexuels est beaucoup plus important que celui des gais. «Il se fait instantanément auprès de la famille, des amis et des collègues de bureau. Voilà pourquoi plusieurs transsexuels désirent retrouver une forme d'anonymat après ce choc.»

Une mobilisation des transsexuels permettrait une meilleure revendication des droits. Pour l'instant, le gouvernement québécois défraie les coûts reliés à une transformation lorsque celle-ci est pratiquée dans un hôpital public. «Le hic, c'est qu'il est impossible de trouver des spécialistes dans ces hôpitaux, dit Mme Beauchesne. Il faut aller dans des cliniques privées.» Une opération permettant à un homme de devenir une femme coûte de 15 000$ à 25 000$, celle d'une femme qui veut devenir un homme de 35 000$ à 70 000$.