Collaboration spéciale Mario Girard
La Presse, Montréal, Samedi, 08 Avril 2006
Homme 1- Sexe Allongé
La folie du sexe allongé
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Illustration Francis Léveillé, La Presse |
Pendant des
millions d'années, l'homme a accepté sa verge telle qu'elle est, c'est-à-dire
moyennement longue, moyennement belle et moyennement efficace. Mais voilà que
l'industrie veut le convaincre de se doter d'un engin surpuissant et
surdimensionné à coup d'interventions chirurgicales, de pommades, de pompes et
de pilules. Pendant ce temps, les scientifiques concoctent des pilules qui
donnent aux femmes le choix de mettre fin à leurs menstruations, une fois pour
toute. Bref, les temps changent en bas de la ceinture.
Pilules, pompes, programmes d'exercices, appareils à traction, poudres de
perlimpinpin, une gigantesque industrie s'est créée au cours des dernières
années. Son but? Procurer quelques centimètres de plus au sexe des hommes et,
tant qu'à y être, le rendre plus performant, plus durable, plus efficace et plus
agile.
L'arrivée d'Internet a procuré à ce marché un essor incomparable. Avec des noms
aussi édifiants que Penisexpert.com, Grand-penis.com, Quelpenis.com et
Gros-penis.com, des sites nous bombardent de publicités constituant un
impressionnant lot de pourriels sur Internet. À elles seules, les pilules
soi-disant capables d'allonger et d'épaissir le pénis rapportent annuellement
100 millions de dollars en Amérique du Nord.
«Je trouve que la tactique de ces
fabricants ressemble à celle des marques de maquillage, dit le psychologue
François St-Père. On crée des complexes pour vendre. On dit: vous avez besoin de
notre produit pour être normal.»
Effectivement, certains annonceurs n'hésitent pas à faire du «terrorisme
publicitaire» pour promouvoir leurs produits. «Soixante-sept pour cent des
femmes se disent déçues de la taille du pénis de leur conjoint», clame la
publicité d'un élixir bidon offert à 69,95$ et censé procurer 14cm (4 pouces)
supplémentaires au sexe.
«On est dans une période de superficialité, ajoute François St-Père. Ça nous
permet de contourner les choses essentielles. Ce marketing s'inscrit dans cette
vague.»
Et puis, avouons-le, il y a en ce moment une démocratisation du pénis. Tout le
monde s'intéresse à cet organe qui fait maintenant la une des magazines branchés
et l'objet de quelques spectacles d'humour.
Normal donc qu'une industrie se soit créée autour. Et au centre de cette
industrie qui vise l'amélioration du pénis, se trouve une technique chirurgicale
de pénoplastie qui permet au pénis de gagner instantanément quelques
centimètres. Une poignée de médecins pratiquent cette intervention dans le
monde, dont le plasticien torontois Robert Stubbs.
Surtout les Québécois
«L'idée est de couper partiellement le ligament suspenseur de la verge, cette
membrane qui relie le pénis à l'os du pubis, explique-t-il. Ainsi «décroché», le
pénis gagne en moyenne de un à trois centimètres.»
Robert Stubbs a pratiqué cette intervention (qui coûte 6000$) sur des centaines
d'hommes. «Je fais beaucoup plus de phalloplastie, c'est-à-dire d'épaississement
de la verge», dit-il. Dans ce cas-ci, des greffons graisseux, prélevés sur le
corps du patient, sont injectés entre la peau de la verge et les corps
caverneux.
Sur 300 patients rencontrés consécutivement sur une période de deux ans par le
Dr Stubbs, seulement 12 avaient au départ un problème congénital. Les 288 autres
désiraient un allongement pour des raisons esthétiques. La moyenne d'âge était
de 37 ans et 95% d'entre eux étaient hétérosexuels.
Le plasticien pense que l'obsession du gros pénis est plus forte chez les
Québécois que dans le reste du Canada. «Ils sont plus ouverts là-dessus et ont
été les premiers à en parler. Les Canadiens hésitent encore à utiliser ce mot.»
L'urologue François Besnard rencontre beaucoup d'hommes qui désirent un
allongement du pénis. «Je les réfère à un sexologue ou un psychologue, dit ce
médecin du CHUM. Le problème, il est dans la tête.»
François Besnard pense que seuls les cas de micropénis (huit à neuf centimètres
en érection) méritent une attention particulière. «Il faut savoir que c'est très
rare», dit-il.
François Besnard a récemment pris connaissance d'une étude portant sur des
hommes désireux d'avoir un plus gros sexe. Or, la majorité des sujets avaient un
pénis nettement plus imposant que la moyenne. «Quand on leur a parlé des normes,
ils étaient surpris», dit l'urologue.
C'est quoi, normal?
Mais au fait. Qu'est-ce qu'un pénis «normal»? Les spécialistes s'entendent pour
dire que la taille moyenne du pénis est de 7cm à 11cm au repos et de 10cm à 20cm
en érection, la moyenne mondiale étant de 14 cm.
En se faisant allonger le pénis, les hommes s'achètent une part de virilité,
pense la sexologue Michelle Laurette. «Mais à la différence des femmes qui se
font faire une augmentation mammaire, cette transformation n'est pas apparente,
explique-t-elle. Ce n'est donc pas pour le paraître mais pour la performance.»
Même dans un cabinet de psychologue ou de sexologue, la question de la taille du
sexe n'est pas courante. Seulement un quart des hommes abordent ce sujet. «Ils
parlent davantage de leurs craintes de ne pas être à la hauteur ou de ne pas
savoir comment satisfaire leur partenaire», dit Mme Laurette.
Cette sexologue est désespérée de voir qu'on emprunte des chemins aussi faciles
pour contourner un problème plus profond. «C'est comme pour le Viagra. Il est
plus facile de prendre une pilule que de se demander pourquoi on éprouve moins
de plaisir pour sa partenaire.»