Ottawa Presse
Le Droit, Ottawa, Mardi, 08 Juin 2004
Un phénomène assez répandu pour causer problème
Le phénomène sexuel de la fellation est tellement répandu chez les adolescentes que des conseils scolaires et des directions d'école francophone et anglophone et le Département de la santé publique d'Ottawa ont décidé d'intervenir.
Pour
repousser un garçon trop entreprenant ou encore pour faire partie de la «gang»,
de plus en plus d'adolescentes vont jusqu'à prodiguer des fellations à des
compagnons de classe ou des élèves plus âgés. Ces pratiques sexuelles ont
parfois lieu à l'école, notamment dans les toilettes, durant les classes et
après les heures de cours.
Le Département de la santé publique d'Ottawa, à la demande de ces conseils et
écoles, a envoyé des infirmières dans les institutions d'enseignement, pour
qu'elles abordent du problème avec les adolescentes et adolescents.
Infirmière au Département de la santé publique d'Ottawa, Marie-Claude
Turcotte a rencontré au cours de la dernière année scolaire des milliers
d'adolescents de la 7e à la 12e années, pour parler de cette situation
particulière.
Les enseignants démunis
«Quand je me présente dans les écoles, les enseignants me parlent régulièrement
de cette problématique du sexe oral, a-t-elle signalé. Ils se sentent démunis
devant ce phénomène. Certaines adolescentes vont faire une fellation à un
gars de leur école, avec lequel elles n'ont pas de relation stable, pour entrer
dans leur cercle d'amis. Elles peuvent également prodiguer du sexe oral pour
repousser un adolescent qui veut coucher avec elles. Elles se disent qu'ainsi,
elles vont avoir la paix.»
Le Conseil des écoles
publiques de l'est de l'Ontario (CEPEO) est un des conseils scolaires
d'Ottawa qui a fait appel au Département de la santé publique.
«C'est un phénomène relativement nouveau pour nous, a confirmé le directeur
de l'éducation au CEPEO, Denis S. Chartrand. Nous avons demandé l'intervention
du Département de la santé publique. Les infirmières ont déjà commencé à
visiter certaines de nos écoles secondaires et primaires.»
Les adolescents sont actifs sexuellement, mais ne sont pas toujours bien informés.
«Parfois, ces jeunes filles vont faire une fellation à un gars pour ne pas
perdre leur virginité, a ajouté Mme Turcotte. Pourtant, le sexe oral est une
relation sexuelle en soi. De plus, elles pensent qu'en ne faisant pas l'amour
avec pénétration, elles courent moins de risque de tomber enceintes ou de
contracter des MTS. Pourtant, si le sexe oral n'est pas pratiqué avec
protection, la transmission de MTS est possible.»
Par contre, Mme Turcotte a précisé que l'étiquette ne colle pas à tout le
monde. «Des filles et des garçons n'ont même jamais entendu le mot fellation
et deviennent rouges quand nous discutons de cela. Il ne faut pas tous les
mettre dans le même panier.»
Selon Mme Turcotte, les parents devraient parler de sexualité avec leurs
enfants. «Si une jeune fille avoue à son père qu'elle a prodigué une
fellation à un gars de sa classe pour faire partie de sa gang, il est important
que le parent en discute avec sa fille. Si sur le coup, c'est trop difficile
d'en jaser, le père peut remettre la discussion à plus tard. Mais il est
primordial de revenir sur le sujet rapidement.»
La situation en Outaouais
Étrangement, le phénomène semble moins répandu au Québec. Quelques
directeurs d'école et de commission scolaire questionnés sur le sujet
n'avaient jamais entendu parler de ce phénomène. «Je n'ai jamais entendu
parler de ça», a-t-on expliqué à plusieurs reprises. Ces pratiques sexuelles
ont parfois lieu à l'école et les enseignants se sentent démunis.
Un moyen de défense?
Pour certaines adolescentes, prodiguer une fellation à un garçon trop
entreprenant devient leur ultime moyen de défense.
La sociologue de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), Denyse Côté,
soutient cette théorie, en ce qui concerne les filles plus faibles. «Une fille
qui se fait harceler par un garçon pour une relation sexuelle complète et qui
prodigue finalement une fellation, le fait carrément pour se défendre. Les
adolescentes plus vieilles ne céderont pas au chantage, car elles sont plus
vieilles et ont plus d'expérience. Les plus jeunes sont plus faciles à
manipuler, surtout les moins populaires, et les jeunes mâles le savent très
bien. Pour ces filles, leur moyen de défense devient la fellation.»
La sexologue du Centre d'intervention en abus sexuel pour la famille, Hélène
Messervier, travaille avec des centaines d'adolescents chaque année. Ces
derniers font l'amour pour la première fois de plus en plus jeune, tout en
mettant en pratique des activités sexuelles très diversifiées.
«Les jeunes garçons et jeunes filles sont maintenant intéressés par la
sodomie, beaucoup d'adolescentes s'affichent comme bisexuelles et la mode des
fuckfriends est de plus en plus en vogue. Les ados ont le goût du risque et
cela se reflète dans leurs relations sexuelles.»
Une forme d'initiation
Questionnée sur cette pratique de la fellation pour être acceptée par un
groupe, Mme Messervier la compare à celle d'une initiation. «Parfois, des
adolescents membres d'une gang vont demander à un gars de faire du vandalisme
et de faire des blagues de mauvais goût pour qu'il fasse partie de la bande.
Pour les filles, on ne leur demandera pas de détruire les biens d'autrui, mais
on peut les inviter à offrir du sexe oral à un membre du groupe.»
L'estime de soi
Selon Mme Messervier, l'impact psychologique de cette pratique chez les
adolescentes peut être grave. «L'estime de soi peut être grandement affectée,
surtout si ces filles agissent ainsi régulièrement.»
Mme Côté avance que certains garçons qui contraignent des jeunes filles à
leur prodiguer une fellation sont pratiquement dans l'illégalité. «Des
adolescents de 15 et 16 ans qui obligent des petites filles de 12 ou 13 ans à
leur offrir du sexe oral pour faire partie de leur gang pourraient être accusés
d'agression sexuelle si des policiers étaient mis au courant de cette
situation. Céder n'est pas consentir. Il y a un monde de différences entre les
deux.»