Santé
: La Personnalité Limite (1)
Collaboration spéciale Danielle
Perreault M.D.
La Presse, Montréal, Dimanche, 07 Mars 2004
Le Trouble de Personnalité Limite :
Q:
Ma fille de 23 ans souffrirait d'un
trouble de personnalité limite. Elle a toujours été difficile et a souvent
menacé de se suicider. Que puis-je faire et quel est ce problème au juste?
Mme J.C.
R:
Cette question m'est parvenue il y a déjà trois ans. Si j'ai mis tant de temps
à y répondre, c'est peut-être à cause de la «mauvaise nouvelle» que peut
représenter un tel diagnostic pour une mère. Après avoir consulté des
experts, je partage enfin avec vous ce que l'on sait sur ce trouble ainsi que
quelques conseils.
La Dre Suzanne Renauld, psychiatre, nous explique que la personnalité limite
(borderline) est le plus fréquent des troubles de personnalité (30 à 60 %) et
touche 1,8 à 4 % de la population, en grande majorité des femmes (75 %). Votre
fille est fort probablement très impulsive. Au moment où on s'y attend le
moins, elle peut se mettre dans une colère incontrôlée et l'instant d'après,
devenir tout sourire ou même euphorique. Elle réagit fortement à une séparation,
une frustration ou une critique; elle éprouve constamment un sentiment de vide
et d'ennui et ne peut supporter la solitude. Elle a du mal à avoir des amis
stables. Elle vit souvent des ruptures amoureuses et n'en fait jamais le deuil.
La suite de ces ruptures est souvent très dramatique; elle assure qu'elle ne
s'en remettra pas et peut aller jusqu'à menacer de se suicider. Cette menace répétée
bouleverse son entourage, principalement ses parents qui lui restent fidèles.
Malheureusement, elle met ses menaces à exécution dans 15 % des cas.
Parfois, lorsqu'elle est
envahie par des sentiments extrêmes, comme celui d'être abandonnée par
tous, elle perd alors complètement les pédales. Elle ne sait plus qui elle est
(dépersonnalisation) et peut se méfier des autres. Ces épisodes psychotiques
où elle vit hors de la réalité, sont brefs mais pénibles.
Elle peut aussi souffrir de d'autres troubles comme l'automutilation, l'abus de
drogue et d'alcool. Elle joue souvent le rôle de victime alors que rien n'est
de sa faute.
La Dre Christiane Bertelli, psychiatre au centre Albert-Prévost à Montréal,
suit des patients ayant un trouble de personnalité limite depuis des années.
Elle comprend très bien le défi des proches et insiste sur la notion de «tolérance
zéro». C'est-à-dire qu'on ne doit tolérer aucune menace. Par exemple, si la
personne menace de se suicider, vous pouvez lui dire: «Tu devrais consulter
avant de perdre le contrôle» ou «si un malheur arrive, sans que je ne puisse
l'empêcher, dis-toi que je ne me sentirai pas coupable». Elle est violente
verbalement ou physiquement? Vous lui faites comprendre que vous ne pouvez
supporter ça, ce qui peut aller jusqu'à lui demander de partir. Vous ne devez
pas vivre dans la peur; le fait de ne pas accepter ses menaces l'aidera à plus
long terme. C'est en imposant des limites, des structures, que la situation
change.
Lors des rencontres avec la famille et les amis de ses patients, la Dre Bertelli
explique qu'il y a toujours deux côtés à la médaille, l'un qui cause du
trouble et l'autre très positif. Les gens ayant une personnalité limite ont
une énergie extraordinaire, ils sont d'une grande générosité, montrent
beaucoup de créativité et excellent en relations humaines quand il s'agit des
autres (s'ils ne sont pas impliqués personnellement). Il y en a d'ailleurs
plusieurs dans les services de santé!
Augmentation du trouble de personnalité
Comment ce trouble est-il apparu chez votre fille? La Dre Bertelli observe
souvent que même lorsqu'ils étaient enfants, ses patients avaient déjà une
personnalité abrasive; ils étaient difficiles à consoler. Par ailleurs, les
parents peuvent aussi avoir leur lot de problèmes (dépendance, contrôle de
soi, etc.), qui ont été très fortement ressentis par leur enfant fragile. Par
contre, la Dre Bertelli doit souvent faire la part des choses quand un patient
lui décrit ses «méchants» parents, car il a tendance à exagérer.
Il est intéressant et triste de constater une augmentation de ce trouble de
personnalité surtout dans les sociétés en mutation (Extrême-Orient, Asie).
Le démantèlement de la famille traditionnelle au profit d'un cadre social flou
et sans limites, peut bouleverser les jeunes dans ces sociétés. Les femmes
auront tendance à s'autodétruire (personnalité limite) alors que les hommes
adoptent un comportement antisocial (personnalité antisociale).
Traitement?
On sait qu'il ne faut jamais utiliser de calmants ou de somnifères. Premièrement,
parce qu'il y a souvent mélange avec l'alcool et deuxièmement, parce que la désinhibition
provoque souvent la rage. Certains antipsychotiques peuvent aider à réduire
l'impulsivité, mais ce type de patients a tendance à ne pas suivre la
posologie.
On dit souvent qu'il faut un village pour traiter une personnalité limite.
L'humour et la dédramatisation permettent de surmonter ces difficultés. À l'hôpital
du Sacré-Coeur, au pavillon Albert-Prévost à Montréal, on offre un service
de rencontres pour les familles et amis. Ce même service est aussi offert à Québec.
Pour terminer sur une note positive, les personnes affligées de ce trouble
deviennent généralement plus stables entre 30 et 40 ans.
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En psychiatrie, 70 caractéristiques servent à identifier 10 troubles différents
de la personnalité qui affecteraient 5 à 15 % des gens. Le premier groupe est
celui des personnalités dites «bizarres»: paranoïde, schizoïde et
schizotypique. Le deuxième groupe comprend les personnalités «dramatiques»:
antisociale, limite, narcissique et histrionique . Le dernier groupe, les
personnalités «anxieuses»: obsessive-compulsive, dépendante et évitante.
Voir : Personnalité Limite (2)