Santé
: Cellules Souches de Foetus

Collaboration spéciale Marie-Claude
Girard
La Presse, Montréal, Dimanche, 09 Novembre 2003
Le sang du cordon
ombilical est plein de cellules souches.
Où le conserver ?
Considéré
hier comme un déchet médical, le sang de cordon ombilical est maintenant
l'objet d'un intérêt grandissant à cause de ses propriétés thérapeutiques.
De nombreuses compagnies offrent de le conserver et une banque publique de
sang de cordon sera bientôt créée à Montréal. Faut-il le garder «au
cas où» ou en faire don à des malades en attente d'une greffe de moelle
osseuse? D'ici quelques années, les parents pourraient bien devoir
choisir.
Dans le
dernier numéro du magazine américain pour femmes enceintes Fit Pregnancy, on
compte pas moins de quatre pleines pages de publicités de services
d'entreposage de sang de cordon ombilical, précieux liquide riche en cellules
souches, ces cellules qui ont la formidable capacité de se régénérer, de
fabriquer du sang ou de se spécialiser dans d'autres tissus et organes.
«Préserver le sang de cordon de votre bébé pourrait être une des décisions
les plus intelligentes que vous puissiez prendre», dit la pub de la société
Viacord. «Une ressource puissante contre les maladies qui pourraient survenir
dans le futur», renchérit la compagnie Cord Blood Registry.
Cryo-Cell International, qui affirme conserver du sang pour 50 000 familles,
mise plutôt dans sa pub sur l'histoire d'un bambin atteint d'un lymphome et qui
a obtenu une transplantation de cellules souches prélevées dans le cordon de
son petit frère. Plus sobre, Lifebank USA se présente comme la référence en
la matière.
Les
futurs parents étant particulièrement sensibles à tout ce qui touche la santé
de leurs petits, on comprend que le message touche sa cible, même s'il y a très
peu de risques que le sang s'avère un jour nécessaire puisqu'il sert à
traiter des maladies graves soit, mais relativement rares: leucémie, déficit
immunitaire ou anémie sévère.
«On s'est dit pourquoi pas? Ce n'est pas un «sirop magique» en cas de
maladie. Il n'y a pas de garantie. Mais c'est une bonne assurance au cas où...»,
explique la Montréalaise Joan Fraser, maman d'un petit garçon de six semaines
qui a fait appel cette année à une banque privée. «C'est moins cher que
d'assurer la voiture pendant un an!»
Mme Fraser et son conjoint, Gilles Sainte-Marie, ont entendu parler de ce
service par une amie travaillant dans l'industrie pharmaceutique. Ils ont
contacté eux-mêmes Lifebank Cryogenics Corporation, une entreprise canadienne
établie en Colombie-britannique (aucun lien avec la compagnie américaine du même
nom.)
La trousse de prélèvement est parvenue rapidement à la maison. Après
l'accouchement, le médecin a prélevé l'échantillon. Et le papa s'est assuré
d'envoyer le paquet par avion dans les 48 heures.
«Parce qu'on savait que cela existait, on a cru qu'il était mieux de le faire,
note la nouvelle maman. Qui sait si dans cinq ou 10 ans ce ne sera pas devenu
courant?»
Dans l'entourage du couple, les gens ont eu parfois de drôles de réactions.
Une banque de «quoi»? «Cela a l'air un peu de la science-fiction!», souligne
Mme Fraser. Il y a aussi que les cellules souches ont mauvaise presse. On
discute beaucoup des enjeux éthiques, on les associe au clonage d'embryons.
Dans 10 ans ou plus- les cellules peuvent être congelées une quinzaine d'années-
Joan Fraser et son conjoint devront décider s'ils conservent l'échantillon, le
détruisent, le donnent à la recherche ou encore à des banques publiques. Les
tarifs leur semblent raisonnables, autour de 1000 $ taxes comprises, et des
frais d'entreposage de 125 $ par année. «Si c'était élitiste, quelque chose
à 10 000 $, ce serait moins accessible. Et plus de gens vont l'utiliser, plus
ce sera accessible.»
Depuis l'été dernier, l'Hôpital général juif- Sir Mortimer B. Davis a une
entente d'exclusivité avec Lifebank Cryogenics. L'entreprise avait déjà des
clients à Québec et à Montréal. «Les cellules souches vont bientôt révolutionner
le monde de la santé», dit son président, Ernest Stacey.
À Toronto, le département d'obstétrique et de gynécologie de l'Université
de Toronto a mis en place une banque privée de sang de cordon à l'hôpital
Mount Sinai à l'intention des femmes qui accouchent en Ontario. Les frais y
sont sensiblement les mêmes que chez Lifebank.
Banque publique québécoise
Les cellules souches ont été découvertes dans le sang de cordon en 1988. La
première transplantation humaine a eu lieu peu après à Paris. Au Canada, la
première banque publique de sang de cordon a été fondée en Alberta, en 1996.
Au Québec, l'hôpital Sainte-Justine et l'hôpital St. Mary procèdent cet
automne à des essais en vue de la création d'une première banque de sang de
cordon québécoise, en collaboration avec Héma-Québec. Lorsque le programme
sera en fonction, au printemps prochain espère-t-on, les mères qui accouchent
dans ces deux hôpitaux seront sollicitées pour donner le sang de cordon
ombilical.
Sans danger pour la mère ou l'enfant, la ponction de sang est faite une fois le
cordon ombilical coupé. S'il n'est pas prélevé, il est jeté avec le
placenta.
La qualité et l'innocuité des dons seront testées par Héma-Québec. Si l'échantillon
répond aux normes, il sera congelé et disponible sur demande pour des
candidats à une greffe de sang de cordon à l'hôpital Sainte-Justine. Un échantillon
non qualifié sera conservé pour la recherche, avec le consentement des
donneurs.
Pour les cas de leucémies, de déficits immunitaires ou d'anémies sévères,
on estime que la greffe de sang de cordon serait une option thérapeutique
novatrice et avantageuse, particulièrement pour les jeunes patients pour qui on
ne trouve pas de donneur de moelle compatible.
On pourrait aussi augmenter le nombre de greffes non apparentées, car le sang
de cordon requiert moins de compatibilité entre le donneur et le receveur que
la moelle osseuse, en raison du degré d'immaturité des cellules. En plus, il
présente une moindre incidence d'agents infectieux et de rejet.
Depuis 1996, l'équipe de Sainte-Justine a d'ailleurs procédé à une
quarantaine de greffes de ce type. Plus de 2000 enfants ont reçu une
transplantation de sang de cordon à travers le monde.
D'autres avantages à venir?
«Compte tenu de la quantité de cellules souches qu'on peut prélever, les
greffes sont plutôt limitées à des patients de moins de 50 kilos», indique
le Dr Gilles Delage, vice-président aux affaires médicales chez Héma-Québec.
Toutefois, des découvertes récentes laissent entrevoir la possibilité
d'augmenter le nombre de cellules. L'équipe du Dr Guy Sauvageau, de l'Institut
de recherche clinique de Montréal, a découvert un gène, le HoxB4, qui
multiplie la capacité de reproduction des cellules souches.
D'autres avenues indiquent des possibilités de traitements pour le sida ou l'hémophilie.
Des compagnies n'hésitent pas à parler d'usages potentiels dans le traitement
des accidents vasculaires cérébraux et de certaines maladies auto-immunes,
neurologiques, cardiaques ou musculaires.
Public ou privé
Le président de Lifebank Cryogenics Corporation, Ernest Stacey, se réjouit de
la mise sur pied prochaine d'une banque de sang publique au Québec, qui
permettra d'informer davantage de patients des possibilités des banques de sang
de cordon. Mais selon lui, «les différentes options doivent être offertes aux
parents.»
Pour le moment, l'existence de services publics et privés ne semble pas causer
de problèmes. «On sait qu'aux États-Unis, il y a des banques privées et des
banques publiques. Le deux co-existent et les banques publiques arrivent à
collecter du sang de cordon», souligne le Dr Gilles Delage, de Héma-Québec.
Dans les banques de sang à travers le monde, 1 % des produits sont utilisés
chaque année, explique-t-il. «Si vous collectez 1000 ml pour une banque
publique, vous allez en utiliser 10. Si vous collectez pour une banque privée,
vous allez en collecter 30 000 et peut-être en utiliser 1.»
Par ailleurs, il peut aussi arriver que des dons aient lieu entre frères et sœurs,
s'il s'avère que l'aîné a besoin d'une greffe de cellules souches. Dans des
cas de ce genre, le réseau de la santé procède déjà à des dons dirigés.
«Entre frères et sœurs, les chances de trouver un sang totalement compatible
sont de une sur quatre», indique le Dr Del