À la Rédaction du Devoir,
Un camarade Québécois m’a confié l’article intitulé <<Un vent d’Ouest novateur souffle sur la francophonie>> publié dans Le Devoir du 14 juillet dernier. Cet article, rédigé par la Présidente de l’Alliance française de Montréal, vante les progrès dont jouissent les francophones de l’Ouest depuis quelques années. Comme exemples, elle cite l’inauguration de la Cité francophone d’Edmonton et l’ouverture de l’école française internationale de Vancouver.
Je pourrais ajouter à cette liste l’ouverture de plusieurs toutes petites écoles francophones ici en Saskatchewan. Cependant, à peine nées, ces écoles sont déjà contestées, même par plusieurs francophones eux-mêmes!
Tout semble indiquer que tout va bien pour les francophones de l’Ouest. En apparence, oui, mais allez sur place et vous allez comprendre que ces progrès ne sont que façades. En réalité les Canadiens-Français de l’Ouest sont carrément à l’agonie.
L’article dit que le <<souffle francophone répand partout des bouffées d’air frais>>. Ce souffle provient sûrement de l’énergie du désespoir car dans tous les endroits où j’ai demeuré ou que je visite, ce souffle est si faible que je ne le perçois pas! Il y avait énormément plus de vécu français dans l’Ouest il y a 50 ans que maintenant!
Je pose la question suivante à la Présidente l’Alliance française de Montréal: si la francophonie est si vivante, alors comment expliquer l’assimilation scandaleuse des Canadiens-Français? Assimilation en Saskatchewan, 72%; au Manitoba, pourtant officiellement bilingue, c’est 50%; même tendance dans les autres provinces. L’assimilation réfère à l’abandon de sa langue maternelle.
Par la présence d’écoles d’immersions partout dans l’Ouest, les anglophones ont en effet bien montré leur intétêt à la langue française. L’article mentionné ci-haut parle de cet anglophone qui a remporté le championnat de la Dictée des Amériques. L’ouverture vers le français semble irréfutable. Mais là n’est pas le problème principal au Canada. Le vrai problème est très subtil, mais très dévastateur. J’élabore ci-bas.
L’article parle <<d’une jeune génération francophone qui, loin d’être repliée sur elle-même, se tient debout>>. Se tient debout? Vraiment? Les jeunes francophones voient leur français de la même façon que leurs amis anglophones: ils apprennent le français pour ajouter à leurs qualifications dans l’espoir de bonnes jobs. La connaissance du français est vu comme un talent méritant une place dans son curriculum vitae. Sauf exceptions, le français n’est pas vu comme un moyen de communication utile et un moyen de véhiculer sa culture.
Dans les écoles d’immersions, aussitôt sortis de la classe, les francophones autant que les anglophones se remettent à parler anglais car il faut se soumettre à la présence anglophone. Paradoxalement, les écoles d’immersions françaises ajoutent grandement à l’assimilation des francophones!
Pire encore, considérez le cas du Collège Universitaire de St-Boniface. Tout y parraît français. À la réception on vous reçoit en français. Mais surprise, les étudiants (pourtant des francophones du système scolaire francophone) se parlent en anglais dans les corridors, et sûrement à la sortie de l’école! S’ils parlent français à la maison, c’est largement par obligation. À l’école francophone où j’ai enseigné, il fallait récompenser les élèves à parler français. Si le français était vraiment leur langue, les élèves l’utiliseraient de leur propre gré.
L’usage du français demeure entre quatres murs, et l’utiliser en public, ce serait un sacrilège! Les institutions francophones de l’Ouest ne sont rien de plus que des refuges linguistiques, même voir des musées linguistiques! Sauf exceptions, l’usage du français s’arrête à la présence du premier anglophone. Les services de santé en français dans l’Ouest? Ça n’existe pas du tout, même pas à St-Boniface, portant le coeur de la francophonie dans l’Ouest. La vie en français est impossible.
Alors que les anglo-Québécois jouissent de plusieurs postes
TV anglophones – la moitié des postes en fait, et ce même
dans les régions où ils ne font que 0.2% de la population
– les francophones de l’Ouest n’ont qu’un, deux ou trois postes français,
même dans les régions où ils forment la majorité
de la population! Et voilà que Rogers Cable et Shaw Cable s’oppose
à la diffusion du TVA. Il y a même plusieurs anglophones qui
croient que notre très maigre portion de 2% à 5% des postes
TV devraient être éliminer parce que ça coûte
trop cher ou que c’est injuste envers les autres minorités! On nous
compare aux minorités.
Il n’y a aucune diffusion de programmes pour enfants, les pauvres petits
enfants francophones se branchent sur la TV en anglais dès la tendre
enfance. Donc l’anglais sera leur langue première, et le français
langue seconde.
Aujourd’hui, tout est à la mondialisation. Ceci inclut la mondialisation de la langue française. Notez que l’article de la présidente de l’Alliance française mentionne bien que ces institutions d’Edmonton et de Vancouver forme une collaboration avec le France, et non pas avec le Québec. Le Québec (et les Canadiens-Français) ne sont que des participants. Ces institutions cherchent la préservation d’une langue et non pas la préservation du peuple Canadiens-Français et de son identité.
Jean Corriveau, professeur, Moose Jaw, SK
Téléphone: 306-694-5565 Courriel: corriveau@siast.sk.ca