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Guérir : 
David Servan-Schreiber
 
(extraits du travail)
                             

Méthode 6 : Exercice physique  

10* Prozac ou Adidas ?

La panique de Bernard

    Un producteur de cinéma, quarante ans, auquel tout semble réussir, est au bout du rouleau à cause des attaques d'anxiété (ou « panique ») qui empoisonnent sa vie depuis deux ans. On lui du Xanax, un tranquillisant, pour le relaxer. Bientôt dépendant de ce médicament, il s'aperçoit que l'anxiété s'intensifie s'il retarde ses doses. Il se promet donc de se libérer du Xanax et de plus jamais en prendre. (168)
    Il prit la natation après laquelle il se sentait mieux pendant une ou deux heures, puis de la bicyclette fixe quotidienne. Il sortait de ces séances à la fois épuisé et d'excellente humeur. En quelques semaines, ses attaques de panique disparurent complètement.
    Quand il voyage, il veille à toujours emporter des chaussures de jogging pour « relâcher tension ». (169)      

Un traitement pour l'anxiété...
et les cellules immunitaires

    L'exercice est un traitement remarquable de l'anxiété.
    Plus l'on se laisse aller aux repas lourds, aux déplacements en voiture, à des heures passées devant la télévision, plus l'exercice physique fera sentir ses bienfaits.
    Les patients auxquels on a annoncé qu'ils étaient séro-positifs au sida et qui faisaient régulièrement de l'exercice ont semblé être « protégés » contre la peur et le désespoir. En outre, leur système immunitaire qui s'effondre souvent dans le stress résiste mieux. Leurs cellules « natural killers » (NK, tueuses naturelles en première ligne de défense de l'organisme) font leur travail avec énergie tandis que les NK se désactivent chez les patients sans d'exercices physiques. (170)

L'instruction de Xaviera

    La dépression bénéficie aussi d'un peu de jogging.
    Une étudiante universitaire de vingt-huit ans vivait seule et se plaignait de son existence vide. Cela faisait deux ans que sa dépression durait sans traitement acceptable. Elle accepta toutefois à courir trois fois par semaine entre vingt et trente minutes. Qu'y avait-il à apprendre ? Mettre un pied devant l'autre plus vite qu'en marchant ? (171)
    Elle écouta quand même les conseils qu'on lui donnait. Ils devaient s'avérer absolument essentiels à sa réussite future : d'abord, il fallait faire de tout petits pas, trottiner plutôt que courir, en se penchant à peine vers l'avant, et sans lever trop les genoux. Il ne fallait surtout pas aller trop vite au point d'empêcher de poursuivre une conversation (« il faut pouvoir parler, mais pas chanter », lui répétait l'instructeur). Si elle s'essoufflait, il fallait ralentir, voire se mettre à seulement marcher d'un pas vif. Elle ne devait jamais ressentir ni douleur ni fatigue. L'objectif de départ était simplement de parcourir un kilomètre et demi, en prenant le temps qu'il fallait mais en essayant de trottiner autant que possible.
    Le fait d'être parvenue à atteindre, dès le premier jour, l'objectif qu'on lui avait fixé fut déjà un motif de satisfaction. Au bout de trois semaines, à raison de trois séances hebdomadaires, elle était devenue capable de garder son rythme de trot sur deux, puis trois kilomètres, sans trop de difficulté. Elle fut aussi bien obligée de constater qu'elle allait un peu mieux. Elle dormait mieux, avait plus d'énergie et passait bien moins de temps à s'apitoyer mentalement sur son sort. Elle progressa ainsi, se sentant chaque jour un peu mieux, pendant cinq semaines. Même ses règles, d'habitude si douloureuses, semblaient passer plus vite. (172)  

L'extase du joggeur

    La dépression est toujours associée à des idées noires, pessimistes, dévalorisantes pour soi et pour les autres, que l'on tourne inlassablement dans sa tête. (173)
    Même lorsqu'elles sont terribles et injustement catégoriques, le plus souvent elles sont devenues tellement automatiques que l'on ne voit même plus à quel point elles sont anormales; l'expression d'une maladie de l'âme plutôt qu'une vérité objective. Depuis les années 1960 (Aaron Beck), on sait que le simple fait de se répéter ces phrases entretient la dépression, et que le fait des les arrêter volontairement met souvent les patients sur la voie de la guérison.
    Une des caractéristiques de l'effort physique prolongé est qu'il permet justement d'arrêter, au moins de manière temporaire, de flot incessant d'idées noires. Il est rare que celles-ci surviennent spontanément durant l'exercice et, si c'est le cas, il suffit de reporter son attention sur la respiration, ou sur la sensation des pas sur le sol, ou encore sur la conscience de sa colonne vertébrale qui se tient droite, et elles disparaissent d'elles-mêmes.
    La plupart des joggers expliquent qu'au bout de quinze, trente minutes d'effort soutenu ils entrent dans un état  où les pensées sont, justement, spontanément positives, même créatives. Ils sont moins conscients d'eux-mêmes et se laissent guider par le rythme de l'effort qui les soutient et les entraîne. C'est ce qu'on appelle le « high », l'extase du jogger, et que seuls atteignent ceux qui persévèrent durant plusieurs semaines. Cet état, même s'il est subtil, devient souvent addictif. (174)

Adidas contre Zoloft

    Des chercheurs de l'université de Duke ont comparé le jogging et un antidépresseur très efficace, le Zoloft, dans le traitement de la dépression. Après quatre mois, les patients des deux groupes se portaient aussi bien. Le médicament n'offrait aucun avantage par rapport à la pratique régulière du jogging. Par contre, après un an, il y avait une différence notable entre les deux traitements : plus de 33 % des patients soignés au Zoloft avaient rechuté; alors que 92 % de ceux du jogging se portaient encore très bien.
    Une autre étude de Duke a montré qu'il n'était pas nécessaire d'être jeune ni en bonne santé pour tirer avantage de l'exercice physique. Pour les patients déprimés ayant entre cinquante et soixante-dix-sept ans, le simple fait d'effectuer trente minutes de « marche vive », sans courir, trois fois par semaine, produisait au bout de quatre mois exactement le même effet que la prise d'un antidépresseur. (175)
    Non seulement l'exercice physique régulier permet de guérir d,une épisode de dépression, mais il permet probablement aussi de les éviter. Dans une population de sujets normaux, ceux qui faisaient de l'exercice au début de l'étude avaient nettement moins de chances de connaître un épisode dépressif au cours des vingt-cinq années suivantes. (176)

Stimuler le plaisir

    Comment l'exercice a-t-il un impact sur le cerveau émotionnel ? Il y a d'abord son effet sur les endorphines. Ce sont de petites molécules sécrétées par le cerveau et qui ressemblent à l'opium et à ses dérivés comme la morphine et l'héroïne. Le cerveau émotionnel contient de multiples récepteurs pour le endorphine et c'est la raison pour laquelle il est si sensible à l'opium qui donne immédiatement une sensation diffuse de bien-être et de satisfaction. L'opium est même l'antidote le plus fort qui soit contre la douleur de la séparation ou du deuil. (177)
    Toutefois, lorsqu'on les utilise trop fréquemment, les dérivés de l'opium entraînent une « habituation », une accoutumance des récepteurs du cerveau. Du coup, il faut augmenter la dose chaque fois pour obtenir le même effet. En outre, comme les récepteurs sont de moins en moins sensibles, les petits plaisirs quotidiens perdent toute leur signification, y compris la sexualité, qui est le plus souvent réduite à néant chez les toxicomanes.

    C'est l'inverse qui se passe avec la sécrétion d'endorphines induite par l'exercice physique. Plus le mécanisme naturel du plaisir est stimulé en douceur, plus il semble devenir sensible. Les gens qui font régulièrement de l'exercice tirent plus de plaisir des petites choses de la vie. Or, avoir du plaisir, c'est justement l'inverse de la dépression, laquelle est avant tout définie par l'absence de plaisir, bien plus que par la tristesse. C'est sans doute pour cette raison que la libération d'endorphines a un effet antidépresseur et anxiolytique si prononcé.
    Lorsqu'on stimule par les voies naturelles le cerveau émotionnel, cela stimule également l'activité du système immunitaire en favorisant la prolifération des NK contre les infections. C'est l'inverse qui se produit chez les héroïnomanes, dont les défenses immunitaires s'effondrent. (178)

    L'autre mécanisme possible est celui de la cohérence du rythme cardiaque : ceux qui font régulièrement de l'exercice physique ont plus de cohérence (grande variabilité du rythme cardiaque ) que les sédentaires. Leur système parasympathique (le « frein » physiologique), qui induit des périodes de calme, est plus sain et fort. Un bon équilibre des deux branches du système nerveux autonome est un des meilleurs antidotes contre l'anxiété et les attaques de panique. Tous les symptômes de l'anxiété trouvent leur origine dans une activité excessive du système sympathique : bouche sèche, accélération du coeur, suées, tremblements, augmentation de la tension artérielle, etc. Comme les systèmes sympathique et parasympathique  sont toujours en opposition, plus on stimule le parasympathique, plus il se renforce, et il bloque tout simplement les manifestations de l'anxiété. (179) 

Les clés du succès

    Il est important d'intégrer l'exercice physique dans notre quotidien.
    Tout d'abord, il faut savoir qu'il n'est pas nécessaire d'en faire beaucoup. L'important c'est que l'exercice soit régulier. La quantité minimale qui ait un effet sur le cerveau émotionnel est de vingt minutes trois fois par semaine. Il suffit que l'effort soit soutenu. Plus les symptômes de dépression ou d'anxiété sont sévères, plus il faut être régulier et intense.
    Il faut commencer doucement et laisser notre corps nous guider. Il suffit d'être toujours à la limite de ses capacités, et pas plus. (180)
    Ensuite, des études suggèrent que l'exercice collectif est plus efficace que l'exercice individuel. Les gens qui font de l'exercice en groupe se plient mieux à l'impératif de régularité pour la réussite.
    Enfin, il faut choisir une forme d'exercice qui nous amuse. Plus l'exercice est ludique, plus il est facile de s'y tenir. (181) 

Se tourner vers les autres

    Les voies d'accès au cerveau émotionnel peuvent être centrées sur l'individu :
- cohérence du rythme cardiaque,
- EMDR,
- stimulation de l'aube,
- acupuncture,
- nutrition
- et exercice.

    Toutefois, le cerveau émotionnel a une autre fonction, celle de surveiller l'équilibre de nos relations affectives. L'anxiété et la dépression sont souvent des signaux de détresse qu'émet le cerveau émotionnel lorsqu'il détecte une menace pour notre équilibre social. Il nous faut gérer avec grâce nos relations avec autrui. Il suffit d'utiliser quelques principes d'hygiène affective. (182)


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