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Guérir
David Servan-Schreiber
 
(extraits du travail)
                             

Méthode 5 : Oméga-3  

9* La révolution des oméga-3 :
     comment nourrir le cerveau émotionnel

Une triste naissance

    Patricia avait trente ans à la naissance de son deuxième fils. Elle s'intéressait peu à lui et voulait qu'on la laisse seule. Elle souffrait du « baby blues ». Elle résidait à New York où la consommation des acides gras essentiels pour le cerveau, les « oméga-3 » est particulièrement basse. Ces acides gras que le corps ne peut pas fabriquer sont si « essentiels » pour la construction et l'équilibre du cerveau que le foetus les absorbe en priorité à travers le placenta. Les réserves de la mère chutent donc dramatiquement au cours des dernières semaines de la grossesse. Après la naissance, les oméga-3 continuent d'être passés en priorité au bébé dans le lait maternel, ce qui aggrave encore le déficit de la mère dont les risque de dépression devient très grand. (146)   

L'huile qui fait marcher le cerveau

    Les cellules du cerveau renouvellent leurs constituants à partir de ce que nous mangeons. Or les deux tiers du cerveau sont constitués d'acides gras. Ceux-ci forment à la base les membranes des cellules nerveuses. Si nous mangeons des gras « saturés »  comme beurre ou gras animal -- qui sont solides --, les cellules du cerveau seront plutôt rigides. Si au contraire nous mangeons des gras « polyinsaturés » -- qui sont plus fluides --, les gaines des cellules du cerveau seront plus souples et la communication entre elles seront plus stables. Surtout s'il s'agit d'acide gras oméga-3.
     Lorsqu'on supprime les oméga-3 de l'alimentation de rats de laboratoire, ils deviennent anxieux, apprennent peu, paniquent et ont peu de plaisir. Il faut alors de fortes dose de morphine (symbole du plaisir facile) pour les intéresser au plaisir. À l'inverse, un régime riche en oméga-3 augmente la production des neurotransmetteurs de la bonne humeur. (147)  

La dangereuse énergie de Benjamin

    Un directeur de laboratoire important se sentait fatigué et démotivé. Malgré des prescriptions d'antidépresseurs, il fut déclaré maniaco-dépressif, caractérisé par une alternance des épisodes de dépression et des phases de manies (jugements désorientés). Mais tout a changé lors que son psychiatre le traita à des extraits d'huile de poisson. En quelques semaines sa dépression disparut complètement.
    C'est le docteur Andrew Stoll (Harvard) qui le premier a démontré l'efficacité des huiles de poisson riches en oméga-3 dans la stabilisation de l'humeur et le soulagement de la dépression chez les patients maniaco-dépressifs. (152) 

Électrochocs contre huile de poisson

    Un étudiant intelligent, mal dans sa peau depuis cinq ans, dut abandonner ses études alors que ses performances intellectuelles se détérioraient. Il craignait la présence des gens, était furieux contre lui-même, n'avait plus d'énergie, se sentait perdu et avait des idées suicidaires. Après avoir été traité par des antidépresseurs inefficaces, un médecin avait même envisagé les électrochocs pour traiter une dépression aussi profonde et prolongée. (153)
    Le docteur Puri, à la suite des résultats  de l'oméga-3 sur la dépression de schizophrènes et de maniaco-dépressifs, proposa à son jeune patient un traitement à base d'huile de poisson purifiée afin de régénérer les membranes de ses neurones. Les résultats furent spectaculaires : le métabolisme du cerveau du jeune homme s'était modifié du bout au tout. Neuf mois plus tard, tous les symptômes  étaient dissipés. (155)
    Plusieurs études sont parvenues aux mêmes conclusions et montent que c'est toute la gamme des symptômes de la dépression qui peut être améliorée par les acides gras oméga-3 : la tristesse et le manque d'énergie, l'anxiété et l'insomnie, la baisse de libido aussi bien que les tendances suicidaires. Plus les patients déprimés ont des réserves faibles en oméga-3, plus leurs symptômes sont sévères. (156)    

Le régime des premiers hommes

    Il existe deux types d'acides gras « essentiels » : les oméga-3 -- contenus dans les algues, le plancton et quelques plantes terrestres dont l'herbe -- et les oméga-6 qu'on trouve dans presque toutes les huiles végétales et la viande. Bien qu'importants pour l'organisme, les oméga-6 n'ont pas les mêmes propriétés bénéfiques pour le cerveau et ils favorisent les réactions d'inflammation.
    Au moment où le cerveau de l'homo sapiens s'est développé -- lorsqu'il a accédé à la conscience de soi --, l'humanité vivait autour des grands lacs de l'Est africain. L'accès à un écosystème unique très riche en poissons et crustacés pourrait avoir été le déclencheur d'un développement prodigieux du cerveau. On pense que l'alimentation de ces tout premiers humains était parfaitement équilibrée, avec un ratio de 1/1 entre l'apport d'oméga-3 et d'oméga-6. Ce ration aurait fourni au corps exactement l'alimentation qu'il lui fallait pour produire des neurones d'une qualité optimum et donc donner au cerveau des capacités entièrement nouvelles permettant la fabrication d'outils, le langage et la conscience. (157)
    Aujourd'hui, avec le développement de l'agriculture et de l'élevage intensif, le ratio oméga-3 / oméga-6 dans l'alimentation occidentale varie maintenant entre 1/10 et 1/20. On pourrait dire que le cerveau est un moteur de haute performance conçu pour fonctionner avec une essence très raffinée, alors que nous le faisons tourner avec du diesel de mauvaise qualité.
    Cette inadéquation expliquerait les énormes différences dans l'incidence de la dépression entre les sociétés occidentales qui ne consomment que peu de poissons et de crustacés, et les populations asiatiques qui en sont friands. À Taiwan, au Japon, la dépression est jusqu'à douze fois moindre qu'en France.
    L'excès d'oméga-6 dans l'organisme produit des réactions d'oxydation et induit des réponses inflammatoires un peu partout dans le corps. En Occident, il existe une concordance entre les pays ayant la plus grande mortalité due aux maladies cardio-vasculaires et ceux où la dépression est la plus fréquente. Cela suggère l'existence de causes communes. Or les oméga-3 ont des effets bénéfiques très importants pour les affections cardiaques connus depuis plus longtemps que ceux qui viennent d'être étudiés pour la dépression. (158)

La dépression est-elle une maladie inflammatoire ?

    On retrouve souvent de tels symptômes de dépression dans toutes les maladies physiques qui ont une composante inflammatoire diffuse, comme les infections (pneumonie, grippe, fièvre typhoïde), les accidents vasculaires cérébraux, les infarctus du myocarde, les maladies auto-immunes, etc. La dépression « classique» ne pourrait-elle être également la manifestation de réactions inflammatoires diffuses ? Cela ne serait pas tellement étonnant, puisque l'on sait que le stress déclenche de telles réactions inflammatoires, et que c'est la raison pour laquelle il contribue à l'acné, à l'arthrite et à l'exacerbation des maladies auto-immunes.
    Après tout, la médecine tibétaine a peut-être raison : la dépression pourrait bien être une maladie autant du corps que de l'esprit. (160) 

Où trouver les acides gras essentiels de type oméga-3 ?

    Les principales sources d'acides gras essentiels oméga-3 sont les algues et le plancton. Ceux-ci arrivent jusqu'à nous par l'intermédiaire des poissons et des crustacés qui les accumulent dans leurs tissus graisseux.
    Ces ont donc surtout les poissons d'eau froide -- plus riches en graisse -- qui sont la meilleure sources d'oméga-3. On y trouve le saumon sauvage et les petits poissons en bas de la chaîne alimentaire : les maquereaux, les anchois, les sardines et les harengs. D'autres poissons riches en oméga-3 sont le thon, le haddock et la truite. (161)
    Il existe aussi des sources végétales d'oméga-3, mais celles-ci nécessitent une étape supplémentaire dans le métabolisme pour être transformées dans les acides gras qui sont les constituants des membranes neuronales. Il s'agit des graines de lin, de l'huile de colza, de l'huile de chanvre, des noix. Tous les légumes verts contiennent le précurseur des acides gras oméga-3, bien qu'en moindre quantité. Les sources les plus riches sont les feuilles de pourpier, les épinards, les algues marines et la spiruline.
    L'herbe et les feuilles naturelles dont se nourrissent les animaux sauvages contiennent aussi des oméga-3.
    Toutes les huiles végétales sont riches en oméga-6 et ne contiennent pas d"oméga-3, sauf l'huile de graine de lin, l'huile de colza et l'huile de chanvre qui sont riches en oméga-3, et l'huile d'olive qui ne contient ni les uns ni les autres. (162)
    En pratique, pour être sûr de recevoir une quantité suffisante d'oméga-3 de la plus grande pureté et qualité, il est souvent plus pratique de les prendre sous la forme de suppléments alimentaires. Pour obtenir un effet antidépresseur, il faut consommer entre 2 et 3 g par jour d'un mélange des deux acides gras de poisson, l' « EPA » (acide eïcosapentaenoïque) et le « DHA » (acide docosahexainoïque). (163)
    Il est aussi préférable de choisir un produit contenant aussi un peu de vitamine E pour protéger l'huile contre une oxydation qui la rendrait inefficace.
    Enfin, l'huile de foie de morue, très prisée de nos grands-parents en tant que source de vitamines A et D, n'est pas une bonne source d'oméga-3. (164)

Le jugement de l'Histoire

    Le jour où les historiens se pencheront sur l'histoire de la médecine au XXè siècle, ils décèleront probablement deux tournants majeurs. Le premier est la découverte des antibiotiques et le second est la démonstration scientifique que la nutrition a un impact profond sur presque toutes les grandes maladies des sociétés occidentales. Hippocrate disait : « Laisse ta nourriture être ton remède et ton remède ta nourriture. » C'était il y a deux mille quatre cents ans. (165)
 

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