Guérir
:
David Servan-Schreiber
(extraits du travail)
Méthode 4 : Acupuncture
8*
Le contrôle du Qi :
l'acupuncture manipule directement
le cerveau émotionnel
Des rendez-vous manqués
Soulié de Morant est le
premier a avoir fait connaître l'acupuncture en Occident. Lors d'une opération
dans un hôpital de Pékin, une femme dont le ventre était grand ouvert parlait
tranquillement avec le chirurgien qui lui retirait des entrailles un kyste de la
taille d'un melon. Pour toute anesthésie, elle avait quelques aiguilles très
fines plantées à la surface de sa peau. (129)
À l'Institut de médecine tibétaine, un praticien décrivait la
dépression et l'anxiété. Il disait que les Occidentaux ne voyaient que l'envers
des problèmes émotionnels où des manifestations physiques traduisent un problème
mental. Pour les Orientaux, c'est plutôt l'inverse où la tristesse, l'estime de
soi, le sentiment de faute, l'absence de plaisir sont les manifestations
mentales d'un problème physique. Selon ce praticien tibétain, les symptômes
émotionnels et physiques sont simplement deux aspects d'un déséquilibre
sous-jacent dans la circulation de l'énergie, le Qi (« chi »). Il y a
trois façons d'influencer le Qi : la méditation qui le régénère, la
nutrition et les herbes médicinales et, la plus directe, l'acupuncture à longue
durée. (130)
À Pittsburgh, une patiente, sévèrement dépressive, fut remise
d'aplomb par une acupunctrice en quelques séances de quatre semaines. (131)
Le mot de la science
Avec cinq mille ans d'histoire
attestée, l'acupuncture est probablement la plus vieille technique médicale
pratiquée de façon continue sur la planète. Un rapport de British Medical
Association (2000) a reconnu l'efficacité de l'acupuncture pour la douleur après
une opération chirurgicale, la nausée associée à la grossesse ou à la
chimiothérapie, et même le mal de dos. (132)
Plusieurs expériences ont démontré qu'un lapin peut être «
anesthésié » par la stimulation de points sur la patte correspondant à ceux qui
bloquent la douleur chez l'homme. Il est maintenant prouvé que l'acupuncture
induit la sécrétion de substances par le cerveau de lapins qui peuvent bloquer
l'expérience de douleur.
La littérature a enfin confirmé l'efficacité de l'acupuncture
pour toute une gamme de problèmes, comme la dépression, l'anxiété et l'insomnie,
les troubles intestinaux, le sevrage tabagique ou de l'héroïne, ou l'infertilité
féminine. (133)
Une rencontre personnelle
Un femme un peu ésotérique,
Christine, traite depuis vingt-cinq ans les problèmes émotionnels par
l'acupuncture dite « des cinq éléments ». Dans son bureau, une inscription
accueille ses clients : « La maladie est une aventure. L'acupuncture vous
donne des épées, mais c'est à vous de combattre. » (134)
Elle leur fait raconter leur histoire en prenant des notes,
puis leur prend le pouls des deux côtés à la fois en se concentrant. Elle les
allonge ensuite sur son table de massage pour stimuler par des aiguilles
quelques points afin de rééquilibrer l'énergie et la relation entre leurs
organes. Avec doigté, elle fait entrer les aiguilles fines dans un point et les
fait tourner un peu jusqu'à une légère sensation de décharge électrique en
profondeur chez les clients. Ce qu'elle appelle sensation de « Dai Qi »,
signifiant que le point recherché ait été atteint. Lorsqu'elle manipule une
aiguille et que le patient ressent une pression dans un organe éloigné du point
de l'aiguille, Christine dit qu'elle est sur le méridien de
l'organe ciblé. Ces méridiens ne correspondent au parcours d'aucun nerf, d'aucun
vaisseau sanguin ou canal lymphatique. Pourtant, ils se manifestent avec
précision dans le corps du patient. Après quelques minutes, le client commence à
éprouver une sensation de calme et de détente diffusant dans tout son corps.
C'est un peu comme le bien-être qu'on ressent après un effort physique intense.
À la fin de la séance, il a l'impression d'avoir une énergie nouvelle. (135)
L'acupuncture et le cerveau
Dans Proceedings of the National
Academy of Sciences le docteur Cho, chercheur d'origine coréenne en
neurosciences, a testé la vieille théorie selon laquelle la stimulation du
petit orteil par une aiguille d'acupuncture améliore... la vue. Ayant
placé ses sujets dans un scanner, il y vérifiait l'activation du cortex visuel
occipital. À cette fin un damier noir et blanc clignotait devant les yeux des
sujets. L'activité de cette région du cerveau apparaissait à la stimulation par
ce clignotement et disparaissait lorsque la stimulation cessait. Lorsque le
docteur Cho demanda à un acupuncteur de stimuler le point « vessie 67 » sur le
bord externe du petit orteil -- dont il est dit qu'il améliore la vision - les
images du scanner montraient une activation du cortex visuel quand l'acupuncteur
faisait pivoter rapidement son aiguille à ce point. (137)
Un des concepts en médecine chinoise et tibétaine est qu'il
existe différents « types morphopsychologiques », particulièrement le type «
yin » et le type « yang ». Ces deux types dominants sont déterminés à
partir des préférences de chaque personne pour le chaud et le froid, pour
certains aliments, pour certaines périodes de la journée, de leur apparence...
Il est écrit dans les textes anciens que la stimulation de certains points
d'acupuncture peut avoir des effets exactement opposés chez les malades selon
leur type.
Cho a observé les effets de la stimulation du point vessie 67
chez les yin et chez les yang. Les deux groupes réagissaient de la même manière
au damier clignotant. Les sujets yin avaient la même réponse à la stimulation du
point vessie 67. Par contre les sujets yang montraient l'effet contraire : la
stimulation de l'aiguille produisait une désactivation du cortex visuel, et son
arrêt un retour à la normale.
La distinction yin / yang ne correspond à absolument rien de
connu dans la physiologie moderne. (138)
Les acupuncteurs, autant occidentaux
qu'asiatiques, savent parfaitement que leur art est particulièrement utile pour
le soulagement du stress, de l'anxiété et de la dépression. Pourtant, en
occident, ce sont ces pratiques qui sont le moins reconnues et les moins
étudiées. On n'en comprend pas bien leurs mécanismes d'action.
À Harvard, le docteur Hui a mis au jour un de ces mécanismes.
Il a montré comment le cerveau émotionnel peut être contrôlé en stimulant un
seul point sur le dos de la main, entre le pouce et l'index. Ce point -- que les
vieux manuels chinois appellent « gros intestin 4 » -- est un des plus anciens
et des plus utilisés par tous les acupuncteur du monde. Il est réputé pour
contrôler la douleur et l'anxiété. (139)
Les études chez les lapins qui ne sentent plus la douleur
ainsi que chez les héroïnomanes en cours de sevrage suggèrent aussi que
l'acupuncture stimule la sécrétion d'endorphine, ces petites molécules
produites par le cerveau et qui agissent comme de la morphine ou de l'héroïne.
(140)
Il existe un troisième mécanisme d'action que les chercheurs
commencent à discerner : une séance d'acupuncture aurait une influence directe
sur l'équilibre entre les deux branches du système nerveux autonome. Elle
augmenterait l'activité du parasympathique -- le « frein » de la physiologie --
aux dépens de l'activité du système sympathique -- « l'accélérateur ». Elle
favoriserait donc la cohérence du rythme cardiaque et, de façon plus générale,
permettrait de ramener le système à l'équilibre. Les conséquences de cet
équilibre sur tous les organes du corps sont bien établies. (141)
Cet équilibre de la physiologie correspond-il à l'équilibre
de l' « énergie vitale », le Qi, dont parlent des textes vieux de deux
mille cinq cents ans ? Il n'est sans doute pas possible de réduire le Qi
à une seule fonction, mais l'équilibre du système nerveux autonome en est
certainement un de ses aspects. On sait maintenant qu'il peut être influencé par
la méditation, l'alimentation, et l'acupuncture. Ce sont exactement les trois
méthodes de renforcement du Qi sur lesquelles insistent les médecines
chinoise et tibétaine... (142)