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Guérir
David Servan-Schreiber
 
(extraits du travail)
                            

Méthode 3 : Horloges biologiques  

7* L'énergie de la lumière :
     régler son horloge biologique

Le docteur Cook et les Esquimaux

    Le docteur Frederick Cook était un explorateur aguerri du Grand Nord. Ce à quoi il ne s'attendait pas, c'est que le défi soit, non pas physique, mais émotionnel. Cook et ses hommes allaient endurer soixante-huit jours d'obscurité permanente. Ils y devenaient de plus en plus pessimistes et apathiques. C'était la lumière du feu qui semblait leur faire le plus de bien, beaucoup plus que la chaleur. Cook nota aussi l'effet puissant de la lumière, qui paraissait déchaîner les instincts des Esquimaux avec l'arrivée du printemps. (117)

    La lumière influence directement, contrôle même, plusieurs fonctions essentielles du cerveau émotionnel. Pour les animaux qui vivent dans la nature, c'est la longueur des jours et des nuits qui détermine l'heure à laquelle ils se couchent et se lèvent. La lumière contrôle aussi la plupart des instincts vitaux.
    La lumière pénètre dans le cerveau par les yeux et son effet est directement transmis à l'hypothalamus qui se trouve au coeur du cerveau émotionnel. L'hypothalamus régit la sécrétion de toutes les hormones du corps. Par conséquence, il agit sur l'appétit, la libido, les cycles du sommeil, les cycles menstruels, la régulation de la température, le métabolisme des graisses, et, surtout, l'humeur et l'énergie de l'action. (118)

Tous les rythmes du corps

    Le cycle du sommeil n'est pas le seul à être contrôlé par l'alternance du jour et de la nuit. De nombreux autres rythmes biologiques suivent ce cycle de vingt-quatre heures. La température du corps, au plus bas le matin, monte vers la fin de la journée avant de baisser à nouveau. La sécrétion de différentes hormones, comme le cortisol, la principale hormone du stress, obéit à un rythme de vingt-quatre heures. Les sucs gastriques et l'activité du système digestif suivent, eux aussi, un rythme sur la journée. Normalement, tous ces rythmes sont alignés les uns par rapport aux autres. Les physiologistes ont découvert que les voyages en avion qui nous font franchir des fuseaux horaires peuvent dérégler ce bel ordonnancement. (120)
    Normalement, le cycle des rêves est aligné sur celui du sommeil. Lorsque nous changeons de fuseau horaire, même si nous dormons de minuit à huit heures du matin dans la nouvelle zone, les rythmes biologiques mettent plusieurs jours à se remettre en phase les uns avec les autres. Les rêves, par exemple, continuent de vouloir s'exprimer à leur heure à eux. Votre cerveau aura tendance à vouloir se « débrancher » et les pensées deviendront désorganisées et fuyantes. C'est votre cerveau qui essaie de rêver malgré vous. (121)
    Or il existe une manière de remettre toutes les pendules intérieures à l'heure. Comme les tournesols qui s'orientent vers le soleil et le suivent toute la journée, l'hypothalamus est extrêmement sensible à la lumière. Il est biologiquement fait pour entraîner le corps et le cerveau dans le rythme des saisons en traquant de près l'allongement ou la diminution des journées.
    Lorsque les jours raccourcissent avec l'arrivée de l'automne puis de l'hiver, près d'une personne sur trois ressent un changement  dans son énergie et ses impulsions : des nuits plus longues, un réveil difficile, une baisse de la libido, une perte de motivation pour les projets, des pensées ralenties... Ces symptômes sont bien davantage physiques que psychologiques. (122)
    Depuis les années 1980, différents laboratoires scandinaves ont utilisé de la thérapie par la lumière pour les dépressions à caractère saisonnier. Ces études ont démontré que trente minutes d'exposition quotidienne à une lumière artificielle très forte (10 000 lux, vingt fois plus lumineuse qu'une ampoule électrique normale) pouvaient soigner les symptômes de la dépression hivernale en environ deux semaines. (124)

Simuler l'aube naturelle

    Le docteur Richard Avery, de Seattle, a introduit une approche radicalement nouvelle. Au lieu de s'exposer brutalement à 10 000 lux le matin au réveil, il suffirait de se laisser réveiller progressivement par une simulation de l'aube naturelle-- un signal que le cerveau reçoit même à travers des paupières closes.
    Vous souhaitez vous lever à sept heures ? Dès six heures quinze, l'appareil se met à éclairer la chambre. Tout en douceur, il simule l'apparition -- d'abord très lente puis de plus en plus rapide -- de la lumière de votre nouvelle journée. Vos yeux, même fermés, c'est ce signal que votre cerveau émotionnel a appris à reconnaître au cours de millions d'années d'évolution. Ce signal de l'aube, l'hypothalamus reçoit le message qu'il est temps d'organiser une transition hors du sommeil.  Le réveil se fait en délicatesse, sans interrompre un rêve qui aura compris qu'il doit se conclure de lui-même.
    Il semble que le cerveau soit encore plus réceptif à cette méthode dont les bienfaits ne se limitent pas au traitement de la dépression saisonnière : plusieurs conjoints de patients ont décrit qu'ils se sentaient énergisés par ces réveils conciliants. (125)
    La thérapie par la lumière a déjà fait ses preuves dans bien d'autres domaines que la dépression hivernale. Elle permettrait de stabiliser les cycles menstruels, de réduire les excès alimentaires pendant l'hiver, d'améliorer la qualité du sommeil, de même que la réaction aux antidépresseurs des patients qui leur sont résistants. (128)
 

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